Quand les tribunes débordent sur les trottoirs : chronique d’un malaise algérien au CAN marocain
Bouchaib El Bazi
La Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc devait être, et elle l’a été pour l’écrasante majorité des participants, une célébration du football africain : stades opérationnels, organisation saluée par la CAF, ambiance populaire maîtrisée. Pourtant, au milieu de cette réussite collective, une dissonance s’est imposée. Elle n’est pas venue d’un problème logistique ni d’un déficit sécuritaire, mais d’un comportement devenu, malgré lui, un spectacle parallèle : celui de l’environnement algérien autour de son équipe nationale.
Dès les premiers jours, le contraste était frappant. Alors que les supporters des autres sélections circulaient selon les règles élémentaires de toute compétition internationale, une partie notable du public algérien est arrivée sans billets, comme si l’accès aux stades relevait de l’improvisation ou de la pression de groupe. Résultat : attroupements devant l’hôtel de l’équipe, demandes insistantes de tickets, nuits passées dans les rues ou les cafés, et une organisation spontanée qui confondait ferveur et désordre.
Quand l’espace public devient une annexe du stade
Plus surprenant encore, certains trottoirs se sont transformés en marchés informels, avec vêtements étalés à même le sol, donnant l’impression que la CAN se jouait autant sur l’asphalte que sur la pelouse. Une scène presque surréaliste dans un événement censé incarner la modernité du football africain.
La tension comme mode d’expression
À cela s’ajoutent des comportements marqués par une communication agressive et un manque de respect envers les Marocains et les forces de l’ordre. Il ne s’agit pas ici de brider la passion sportive, mais de rappeler qu’une compétition internationale repose sur un minimum de civilité. Or, dans plusieurs situations, l’échange a laissé place à la confrontation, comme si le voisinage devait être perçu non comme un hôte, mais comme un adversaire permanent.
Une délégation qui revendique l’exception
Sur le plan institutionnel, certains épisodes ont renforcé ce sentiment d’isolement volontaire. L’incident de la balle appartenant à la CAF, conservée sans justification claire, ou encore l’exigence d’organiser la prière du vendredi à l’hôtel, alors que toutes les autres sélections ont prié dans un même lieu de culte, ont donné l’impression d’un besoin constant de se distinguer — non par le jeu, mais par la rupture avec le cadre commun.
Un journalisme en mission parallèle
Mais le plus préoccupant reste peut-être le rôle joué par une frange des journalistes algériens présents sur place. Peu de comptes rendus sportifs, peu d’analyses tactiques. À la place, une production continue de récits anxiogènes, de scénarios exagérés, parfois totalement déconnectés de la réalité observée sur le terrain. Leur objectif semblait moins d’informer que de brouiller la perception du succès organisationnel marocain, pourtant reconnu par les instances officielles et les délégations étrangères.
Un journalisme qui ne documente pas l’événement, mais tente d’en écrire une version alternative, où le Maroc serait en permanence mis en accusation, indépendamment des faits.
Le trouble-fête du tournoi
Ainsi, sans éclat footballistique majeur, l’équipe algérienne est devenue le principal facteur de perturbation extra-sportive du tournoi. Non par son jeu, mais par l’atmosphère qu’elle traînait dans son sillage. Au point que plusieurs sélections semblaient souhaiter son élimination, non par rivalité sportive, mais par désir de retrouver une compétition apaisée.
Il ne s’agit ni d’un procès d’un peuple ni d’un rejet d’un voisin. Il s’agit d’un constat : lorsque le comportement collectif, le discours officiel et le traitement médiatique convergent vers la crispation, la victimisation et le désordre, l’image produite est inévitablement négative.
Le football est un miroir. À la CAN du Maroc, ce miroir n’a pas reflété les slogans ou les communiqués, mais les actes. Et parfois, la distance entre le récit et la réalité est plus large que l’écart au tableau d’affichage.