Journée internationale des droits des femmes : l’Organisation des Femmes Ittihadies appelle à accélérer les réformes en faveur de l’égalité et de la justice sociale

Bouchaib El Bazi

À l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2026, l’Organisation des Femmes Ittihadies réaffirme la centralité de la question de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le processus de consolidation démocratique et de développement durable au Maroc. Cette commémoration intervient dans un contexte international et national marqué par de profondes mutations et par l’intensification de défis qui affectent de manière particulière les conditions sociales et économiques des femmes.

Au niveau international, la célébration de cette journée s’inscrit dans un climat d’incertitude croissante, marqué par la multiplication des conflits armés et des crises géopolitiques dont les répercussions humanitaires et sociales frappent en premier lieu les populations les plus vulnérables, parmi lesquelles les femmes. Au niveau national, cette date intervient alors que le Maroc poursuit plusieurs chantiers structurants, notamment en matière de généralisation de la protection sociale, de consolidation de son positionnement diplomatique dans un environnement international en mutation, ainsi que dans la gestion des avancées relatives au règlement de la question nationale.

Dans ce contexte, l’Organisation des Femmes Ittihadies souligne que la réalisation d’un développement équitable et inclusif demeure étroitement liée à l’intégration effective de l’approche genre dans les politiques publiques, afin de répondre de manière adéquate aux besoins économiques et sociaux des femmes et de garantir leur pleine participation à la vie économique, sociale et politique.

À cet égard, l’organisation exprime sa vive préoccupation face à la hausse continue des prix et à ses effets directs sur le pouvoir d’achat des ménages marocains, malgré les dispositifs de soutien adoptés ces dernières années. Cette situation économique pèse particulièrement sur les femmes, notamment celles qui assument seules la charge de leurs familles ou celles qui exercent dans des secteurs précaires ou informels. L’organisation appelle, dans ce cadre, à l’adoption de politiques économiques et sociales plus audacieuses et plus équitables, capables de réduire les inégalités sociales et de renforcer les mécanismes de protection des catégories les plus vulnérables.

Par ailleurs, l’Organisation des Femmes Ittihadies souligne que les effets des changements climatiques et des catastrophes naturelles qui ont touché le Maroc ces dernières années ont mis en évidence la vulnérabilité accrue de certaines catégories sociales, en particulier des femmes. Dans cette perspective, l’organisation réitère son appel à accélérer la clôture du dossier des victimes du séisme d’Al Haouz, en veillant à garantir aux familles touchées des conditions de vie dignes et durables. Elle appelle également à renforcer l’accompagnement des victimes des inondations dans différentes régions du Royaume, à travers des programmes de soutien et de réhabilitation favorisant leur retour à une vie normale dans le respect de la dignité humaine.

L’organisation réaffirme également son soutien aux femmes victimes de violences fondées sur le genre, quelles que soient leurs formes ou les espaces dans lesquels elles se manifestent. Elle souligne que la lutte contre les violences à l’égard des femmes constitue une condition fondamentale pour l’édification d’une société sûre et équilibrée. À cet effet, elle appelle l’ensemble des citoyens et citoyennes à se mobiliser collectivement afin de promouvoir une culture de respect, d’égalité et de protection des droits des femmes et des filles.

Sur le plan législatif, l’Organisation des Femmes Ittihadies exprime sa préoccupation face au retard enregistré dans l’adoption d’une nouvelle réforme du Code de la famille, malgré l’appel royal explicite en faveur de sa révision et les avancées réalisées dans le cadre des consultations engagées à ce sujet. Si le Code de la famille actuel a constitué, lors de son adoption, une avancée importante dans la consolidation de l’équilibre familial et dans la promotion des droits des femmes, il apparaît aujourd’hui insuffisant face aux profondes transformations sociales et économiques que connaît la société marocaine.

Les évolutions qu’a connues la structure familiale, ainsi que l’augmentation du nombre de litiges soumis aux juridictions familiales, rendent nécessaire l’élaboration d’un cadre juridique plus adapté, garantissant la justice familiale et renforçant le principe d’égalité entre les femmes et les hommes, conformément aux dispositions constitutionnelles du Royaume et à ses engagements internationaux en matière de droits humains.

Dans le même esprit, l’organisation considère que le taux élevé de chômage, notamment parmi les femmes, constitue l’un des principaux obstacles au développement économique et social du pays. La persistance de conditions de travail précaires ou inéquitables pour de nombreuses femmes souligne l’urgence de revoir certaines politiques relatives au marché du travail, notamment le Code du travail, afin de mieux intégrer la dimension du genre et de garantir des conditions de travail justes et dignes.

L’Organisation des Femmes Ittihadies souligne également que le chantier de la généralisation de la protection sociale engagé par le Maroc représente une opportunité historique pour revaloriser le rôle économique et social des femmes au sein de la société.

En effet, les données disponibles indiquent qu’une proportion importante des femmes marocaines assure au quotidien des activités essentielles de soins et de gestion domestique au sein des familles, contribuant ainsi au maintien de la cohésion sociale et à la stabilité du tissu familial. Pourtant, ces activités, bien que fondamentales, demeurent largement invisibles dans les mécanismes d’évaluation économique.

Les estimations du Haut-Commissariat au Plan indiquent que la valeur économique du travail domestique non rémunéré représenterait près de 18 % du produit intérieur brut du Maroc, révélant ainsi l’ampleur de la contribution réelle des femmes à l’économie nationale, malgré son absence dans les indicateurs économiques traditionnels.

Partant de ce constat, l’Organisation des Femmes Ittihadies appelle à l’intégration du travail domestique et du travail de care dans la conception globale des politiques de protection sociale, ainsi qu’à la reconnaissance de leur valeur économique et sociale. Une telle démarche permettrait de renforcer l’autonomie économique des femmes, de garantir leurs droits sociaux et de promouvoir une société plus juste et plus équitable.

A l’occasion de cette Journée internationale des droits des femmes, l’Organisation des Femmes Ittihadies exprime sa profonde fierté à l’égard des femmes marocaines et de leur engagement constant en faveur de la liberté, de la dignité et de l’égalité. Elle réaffirme également sa détermination à poursuivre son action aux côtés de l’ensemble des forces vives de la société afin de promouvoir les droits des femmes et de contribuer à la construction d’un Maroc démocratique, juste et inclusif, affranchi de toute forme de discrimination.

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