Washington : une dynamique bipartisane se dessine au Congrès pour classer le Polisario comme organisation terroriste
Bouchaib El Bazi
L’initiative législative visant à classer le Front Polisario comme organisation terroriste aux Congrès des États-Unis franchit un nouveau cap politique. Le représentant républicain Don Bacon vient en effet de rejoindre la liste des soutiens à ce projet de loi, renforçant ainsi une mobilisation bipartisane croissante autour de ce dossier sensible de politique étrangère.
Avec ce ralliement, le nombre de parlementaires signataires de la proposition atteint désormais neuf membres du Congrès issus des deux grands partis américains. Cette évolution traduit une consolidation progressive du soutien politique au sein de l’institution législative à Washington, où les questions de sécurité régionale et de lutte contre les réseaux transnationaux occupent une place croissante dans les débats stratégiques.
Une initiative lancée en juin 2025
Le projet de loi, référencé H.R.4119, a été introduit le 24 juin 2025 par le représentant républicain Joe Wilson, en collaboration avec le démocrate Jimmy Panetta. Cette initiative avait dès le départ une portée symbolique forte : elle marquait l’émergence d’un consensus transpartisan sur la nécessité d’évaluer la nature et les alliances du mouvement séparatiste sahraoui à l’aune des préoccupations sécuritaires globales.
Au fil des mois, plusieurs élus républicains ont rejoint la démarche, notamment Mario Diaz-Balart, Jefferson Shreve, Randy Fine, Lance Gooden, Pat Harrigan et Zach Nunn, avant que Don Bacon ne vienne à son tour renforcer cette coalition parlementaire.
Selon Joe Wilson, l’argumentaire central du texte repose sur l’existence présumée de liens entre le Front Polisario et certains acteurs de l’« arc de déstabilisation » au Moyen-Orient, notamment Iran et le mouvement chiite libanais Hezbollah. Pour les promoteurs du projet, ces connexions potentielles soulèvent des préoccupations sécuritaires majeures dans une région déjà fragilisée par l’instabilité sahélo-saharienne.
Dans cette perspective, plusieurs élus américains soulignent également l’importance stratégique du partenariat avec le Maroc, considéré à Washington comme un allié historique et un acteur central de la stabilité régionale en Afrique du Nord.
Vers une sécurisation accrue de la lecture du conflit
Pour le chercheur en droit public spécialisé dans la question du Sahara marocain, Cheikh Boussaïd, l’adhésion de Don Bacon constitue un signal politique révélateur.
Selon lui, « l’intégration de ce parlementaire dans la dynamique du projet H.R.4119 illustre une évolution notable dans la manière dont une partie du Congrès américain aborde le dossier du Sahara ». De plus en plus, explique-t-il, la question n’est plus uniquement analysée sous l’angle diplomatique ou onusien, mais également à travers le prisme de la sécurité régionale et de la lutte contre les menaces transfrontalières.
Le chercheur souligne également que le caractère bipartite de l’initiative lui confère une légitimité politique accrue dans l’arène parlementaire américaine. « Le fait que le texte ait été introduit conjointement par Joe Wilson et Jimmy Panetta renforce son poids institutionnel et lui offre une visibilité particulière dans les commissions compétentes », précise-t-il.
Le Sahel au cœur des préoccupations stratégiques américaines
Cette dynamique intervient dans un contexte géopolitique marqué par une montée des inquiétudes à Washington concernant l’expansion des réseaux armés et des économies illicites dans la bande sahélo-saharienne.
Pour plusieurs analystes américains, la fragmentation sécuritaire du Sahel, combinée aux rivalités d’influence entre puissances régionales et extra-régionales, pousse le Congrès à reconsidérer certains conflits dits « gelés » à l’aune de leur impact potentiel sur l’architecture sécuritaire régionale.
Dans ce cadre, la question du Sahara tend progressivement à être intégrée dans une lecture plus large des dynamiques de sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, où les États-Unis cherchent à préserver leurs partenariats stratégiques tout en limitant l’influence d’acteurs hostiles.
Si le projet de loi doit encore franchir plusieurs étapes au Congrès avant toute adoption éventuelle, l’augmentation du nombre de soutiens parlementaires témoigne déjà d’une évolution notable : la question du Front Polisario n’est plus uniquement perçue comme un différend territorial, mais de plus en plus comme un enjeu inscrit dans les équilibres géopolitiques et sécuritaires de la région.