SMAP IMMO Bruxelles : une vitrine nationale sous direction libanaise, et beaucoup de questions

Bouchaib El Bazi

Dans un contexte où les discours officiels ne cessent de vanter les compétences nationales et l’apport stratégique des Marocains du monde, certaines initiatives semblent emprunter une trajectoire pour le moins… déroutante.

À commencer par ce désormais célèbre salon de l’immobilier marocain « SMAPIMMO Bruxelles » organisé dans plusieurs capitales européennes. Un événement censé rapprocher les MRE de leur pays d’origine, stimuler l’investissement et promouvoir l’expertise nationale. Jusque-là, rien à redire. Sauf un détail—et pas des moindres : à la manœuvre, un directeur de nationalité libanaise, Samir El Chammah.

Une vitrine marocaine… pilotée de l’extérieur

La question, aussi simple que légitime, circule avec insistance au sein de la diaspora : comment un salon dédié à l’immobilier marocain, destiné prioritairement aux Marocains résidant à l’étranger, peut-il être confié à un organisateur étranger ?

Le Maroc compterait près de 7 millions de ressortissants à travers le monde. Parmi eux, des profils hautement qualifiés, des entrepreneurs aguerris, des organisateurs d’événements internationaux. Aucun n’aurait donc été en mesure de porter un tel projet ? Voilà une interrogation qui, à défaut de réponse claire, nourrit le scepticisme.

Un soutien… très confortable

Mais l’étonnement ne s’arrête pas là. Selon plusieurs échos au sein de la communauté marocaine en Europe, ce salon bénéficierait d’un soutien logistique et financier particulièrement généreux.

Voyages en avion pris en charge, hébergement dans des hôtels 4 étoiles, mise à disposition de chauffeurs… et, cerise sur le gâteau, une enveloppe d’environ 700 euros par personne pour les journalistes et photographes invités.

Difficile, dans ces conditions, de ne pas s’interroger sur la nature exacte de l’opération : campagne de promotion immobilière ou opération de séduction médiatique soigneusement huilée ?

À qui profite l’opération ?

Car au-delà de l’organisation, une autre question s’impose : celle des retombées financières.

Si les recettes générées par ce type de salon sont, comme le suggèrent certaines sources, loin d’être négligeables, pourquoi confier leur gestion à une entité étrangère ?

Pourquoi ne pas permettre à des acteurs marocains—et en particulier aux MRE—de capter cette valeur, de la réinjecter dans des circuits économiques nationaux, et de renforcer ainsi une logique de souveraineté économique pourtant largement prônée ?

Entre choix stratégique et zones d’ombre

À défaut de communication officielle transparente, les hypothèses se multiplient.

Simple choix basé sur l’expertise individuelle du directeur ? Peut-être.

Mais pour beaucoup, cette explication peine à convaincre.

Car lorsque des moyens importants sont mobilisés, que des circuits d’influence semblent s’activer, et que les bénéficiaires restent les mêmes, le doute s’installe. Et avec lui, une question plus sensible : celle d’éventuels intérêts croisés entre certains responsables et l’organisateur du salon.

Une diaspora spectatrice… et perplexe

Pendant ce temps, la diaspora marocaine observe. Elle s’interroge. Elle compare, aussi.

Entre les discours officiels valorisant son rôle économique et la réalité de certaines pratiques, le décalage devient difficile à ignorer.

Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir qui organise ce salon.

Mais plutôt : au profit de qui est-il réellement organisé ?

Et dans cette affaire, une chose semble déjà bien vendue : ce n’est pas seulement de l’immobilier… c’est aussi une certaine idée de la priorité nationale.

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