Mohamed Ouahbi : l’enfant de Schaerbeek qui fait rayonner le Maroc et la Belgique sur la scène mondiale

Par Bouchaib El Bazi

À l’heure où le Maroc s’apprête à disputer un nouveau quart de finale de la Coupe du monde face à la France, une figure cristallise à la fois la fierté de la communauté marocaine et la reconnaissance du monde sportif belge : Mohamed Ouahbi. Né à Schaerbeek, formé dans les quartiers populaires de Bruxelles et aujourd’hui sélectionneur des Lions de l’Atlas, il incarne l’une des plus remarquables réussites de l’école belge de formation au service du football marocain.

Son parcours dépasse largement le cadre d’une réussite individuelle. Il illustre la capacité des sociétés européennes à former des talents capables d’exercer une influence internationale tout en conservant un profond attachement à leurs racines culturelles. Dans un contexte où les débats sur l’intégration sont souvent dominés par les controverses, l’itinéraire de Mohamed Ouahbi apporte une démonstration concrète de ce que peut produire une double appartenance pleinement assumée.

Originaire de Schaerbeek, commune historiquement marquée par la diversité culturelle, Ouahbi a construit sa carrière avec patience, loin des projecteurs. Son travail dans les centres de formation belges, notamment au sein du RSC Anderlecht, lui a permis de développer une méthodologie reconnue pour la qualité de son accompagnement des jeunes joueurs. Plusieurs internationaux belges, parmi lesquels Jérémy Doku, Youri Tielemans ou encore Bilal El Khannouss, ont évolué dans un environnement qu’il a contribué à structurer, faisant de lui l’un des artisans discrets du développement du football belge moderne.

Le choix du Maroc de lui confier les destinées de sa sélection nationale s’inscrit dans une stratégie plus large de professionnalisation. Depuis plusieurs années, la Fédération Royale Marocaine de Football mise sur des compétences issues des meilleures écoles européennes afin de renforcer la compétitivité de ses équipes nationales. Mohamed Ouahbi représente parfaitement cette convergence entre l’excellence de la formation belge et l’ambition sportive marocaine.

Au-delà des résultats, c’est sa philosophie qui retient l’attention. Ses proches comme ses anciens collaborateurs décrivent un technicien exigeant mais profondément attaché aux valeurs humaines, privilégiant le travail collectif, l’humilité et la progression continue. Cette approche managériale, héritée de l’école belge de formation, trouve aujourd’hui une traduction concrète dans le jeu proposé par les Lions de l’Atlas.

À Schaerbeek, son ascension est suivie avec une émotion particulière. Les autorités communales, les éducateurs sportifs et les associations locales voient en lui un modèle capable d’inspirer une nouvelle génération de jeunes Bruxellois. Son parcours rappelle qu’il est possible d’atteindre les plus hauts niveaux du sport mondial sans renoncer à ses valeurs ni à son identité.

Cette reconnaissance dépasse désormais les frontières de la communauté marocaine. Pour de nombreux observateurs du football belge, Mohamed Ouahbi est également l’un des produits les plus aboutis du système de formation national. Son succès constitue, d’une certaine manière, une victoire partagée entre deux pays dont les histoires humaines sont profondément liées par plusieurs décennies de migrations et d’échanges.

La rencontre entre la France et le Maroc revêt ainsi une dimension symbolique supplémentaire. Au-delà de l’opposition sportive entre deux grandes nations du football, elle met en lumière la réussite d’un entraîneur bruxellois devenu l’un des visages les plus respectés du football africain. Sa présence sur le banc marocain rappelle que les trajectoires individuelles peuvent transcender les frontières et illustrer les bénéfices d’une coopération fondée sur la transmission des savoirs, la formation et le mérite.

Dans une époque où les discours identitaires tendent parfois à opposer les appartenances, Mohamed Ouahbi offre un contre-exemple puissant. Il démontre que l’identité peut être plurielle, que la réussite est le fruit d’un investissement de long terme et que le sport demeure l’un des rares espaces capables de rapprocher les peuples autour de valeurs universelles.

Quel que soit le résultat du quart de finale, l’entraîneur de Schaerbeek a déjà inscrit son nom dans l’histoire. Il symbolise une génération de techniciens dont l’expertise est aujourd’hui reconnue bien au-delà des frontières belges et dont le parcours contribue à renforcer le prestige du football marocain sur la scène internationale.

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