BRUXELLES — Les tensions entourant les Bruxelles face aux tensions sociales : une manifestation sous haute surveillance se solde par neuf arrestations. Des mobilisations sociales ont une nouvelle fois placé Bruxelles sous pression, samedi 24 octobre. Alors que les commerçants redoutaient une répétition des pillages et des dégradations observés lors de précédents rassemblements, les autorités ont déployé un important dispositif policier dans plusieurs quartiers de la capitale. Si les principales zones commerciales ont été épargnées, une manifestation contre les violences policières a été marquée par des affrontements, des tirs de gaz lacrymogènes et neuf arrestations.
La journée avait commencé dans un climat de précaution. À la suite de plusieurs appels à manifester relayés sur les réseaux sociaux, des enseignes de la rue Neuve, de la chaussée d’Ixelles et des avenues Louise et de la Toison d’Or avaient protégé leurs vitrines à l’aide de panneaux. D’autres commerces avaient choisi de maintenir leurs portes fermées. Les autorités, de leur côté, avaient renforcé la présence policière et organisé des contrôles préventifs afin d’anticiper d’éventuels incidents.

Plusieurs annonces de rassemblements circulaient également sur TikTok et Instagram, certaines reposant sur des affiches générées par intelligence artificielle. Les rendez-vous annoncés à la gare Centrale, à la Bourse ou aux abords des institutions européennes n’ont toutefois pas donné lieu aux rassemblements redoutés dans la matinée.
Des revendications multiples au cœur de la mobilisation
Le principal rassemblement s’est formé vers 12 h 15 au Mont des Arts. Selon la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles, environ 400 personnes avaient répondu à l’appel de plusieurs organisations, dont le Front des Mères, École en Lutte, la Jeunesse organisée et combative (JOC) et Outils solidaires contre les violences policières (OSVP).

Les participants entendaient dénoncer les interventions policières lors des mobilisations des 9 et 17 octobre. Au-delà de cette question, les slogans et les témoignages recueillis sur place traduisaient un mécontentement plus large, lié notamment aux réformes du gouvernement fédéral Arizona et aux mesures concernant l’enseignement.
Pour plusieurs manifestants, la mobilisation constituait également une occasion de faire entendre les inquiétudes d’une jeunesse confrontée à des incertitudes sociales, économiques et éducatives.
Selma Benkhelifa, membre du Front des Mères Belgique, est venue apporter son soutien aux jeunes participants. Elle estime que leurs revendications ne peuvent être réduites aux actes de dégradation commis lors de certains rassemblements et réclame des sanctions contre les policiers qu’elle accuse de violences. Ces accusations, qui relèvent de son témoignage, doivent être distinguées des faits susceptibles d’être établis par les autorités judiciaires.
Les préoccupations liées à l’enseignement étaient également présentes. Une étudiante venue de Liège a notamment exprimé ses inquiétudes concernant les conséquences financières des réformes sur les conditions d’accès et de poursuite des études. Une jeune participante de 12 ans, prénommée Zina, a, pour sa part, affirmé vouloir défendre son avenir tout en condamnant les dégradations visant les commerces.
Un cortège non autorisé dégénère à Saint-Gilles
Si le rassemblement initial était autorisé, la marche qui s’est formée vers 13 heures ne l’était pas. Le cortège s’est dirigé vers les Marolles, puis vers Saint-Gilles, avec pour objectif, pour une partie des participants, de rejoindre le siège du Mouvement réformateur, avenue de la Toison d’Or.

La progression a été interrompue au square Jacques Franck, où les forces de l’ordre avaient installé un dispositif comprenant notamment une autopompe. Lorsque certains manifestants ont tenté de franchir le barrage, les policiers ont utilisé des gaz lacrymogènes, notamment à proximité de la chaussée de Forest.
Les événements ont ensuite pris la forme de déplacements successifs dans plusieurs rues, ponctués de nouvelles confrontations. Des policiers équipés de protections antiémeutes, des maîtres-chiens et des autopompes ont été mobilisés, tandis qu’un hélicoptère de la police fédérale survolait le secteur.
Après un nouvel échec pour rejoindre le siège du MR, rue de Danemark, le cortège a été repoussé en direction de la gare du Midi. Au cours de ces déplacements, des individus cagoulés auraient projeté des trottinettes sur la chaussée. Une tentative d’incendie d’un amas de trottinettes en libre-service a également été signalée, sans aboutir.
Les opérations de police se sont poursuivies dans le secteur de la porte de Hal et dans les Marolles. La confrontation a finalement pris fin au square de l’Aviation, à Anderlecht, où les forces de l’ordre ont encerclé une partie des participants. Des coups de matraque ont été signalés au cours de l’intervention. La dispersion progressive du groupe, favorisée par l’arrivée de la pluie, a mis un terme aux principaux incidents.
Neuf arrestations et des saisies d’objets prohibés
Le bilan communiqué par la zone de police fait état de neuf personnes privées de liberté. Cinq ont été arrêtées administrativement pour trouble à l’ordre public. Quatre autres ont fait l’objet d’arrestations judiciaires pour possession d’armes prohibées et incitation à l’émeute.
Des contrôles préventifs avaient été effectués avant et pendant la manifestation, donnant lieu à la saisie de différents objets. Les suites de la procédure devront préciser les circonstances des faits reprochés à chaque personne interpellée.

Ces arrestations ne sauraient, à elles seules, préjuger de la culpabilité des personnes concernées, laquelle relève de l’appréciation de la justice.
Philippe Close plaide pour le dialogue et le maintien de l’ordre
Face à la répétition des incidents en marge de certaines mobilisations, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, insiste sur la nécessité de distinguer les manifestants pacifiques des individus responsables de violences ou de dégradations.
Il rappelle que la capitale accueille environ 1 200 manifestations par an et que la grande majorité se déroule sans incident. Selon lui, certains groupes profiteraient néanmoins de ces rassemblements pour poursuivre des objectifs étrangers aux revendications initiales.
Le bourgmestre indique avoir consulté des constitutionnalistes et proposé, auprès du Centre d’Action Laïque, la création d’une plateforme de dialogue. L’objectif serait de permettre aux acteurs concernés de confronter leurs positions sans que le désaccord ne se transforme en affrontement physique.
Interrogé sur le projet de création d’une « gendarmerie 2.0 », défendu par les ministres Theo Francken et Bernard Quintin, Philippe Close se montre favorable à un renforcement des moyens du Corps d’intervention de la police fédérale. Il s’oppose, en revanche, à l’idée de confier aux militaires des missions de maintien de l’ordre dans les rues, estimant que cette fonction relève des compétences policières.
Le défi de la confiance publique
Les événements du 24 octobre illustrent une difficulté qui dépasse la seule gestion opérationnelle des manifestations. D’un côté, les autorités doivent prévenir les violences, protéger les personnes et garantir la continuité de la vie économique. De l’autre, les citoyens doivent pouvoir exercer leur droit de manifester, y compris pour dénoncer les pratiques des institutions chargées de les encadrer.
La protection des commerces et la prévention des dégradations constituent des impératifs légitimes. Elles ne dispensent toutefois pas d’un examen rigoureux des circonstances dans lesquelles la force est utilisée. De même, la dénonciation des violences policières ne saurait justifier les agressions, les incendies ou les atteintes aux biens.
Entre exigence de sécurité, liberté de manifestation et contestation sociale, Bruxelles se trouve ainsi confrontée à un double impératif : faire respecter la loi et préserver les conditions d’un dialogue démocratique. La réponse ne dépendra pas uniquement des dispositifs policiers déployés dans les rues, mais aussi de la capacité des autorités à traiter les griefs exprimés, à établir les responsabilités et à garantir la transparence des interventions.