Belgique : la DZ Mafia marseillaise s’implante, l’État belge sonne l’alerte

Bouchaib El Bazi

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Le constat est désormais assumé au plus haut niveau de l’État belge. En déplacement à Paris à l’occasion de la sixième édition des rencontres de la coalition européenne contre le crime organisé, le ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin, a reconnu publiquement l’implantation en Belgique de la redoutée DZ Mafia marseillaise, déjà au cœur de nombreux dossiers criminels en France.

Ses propos marquent un tournant. Longtemps perçue comme un phénomène cantonné aux quartiers nord de Marseille, cette organisation criminelle apparaît aujourd’hui comme un acteur transnational du narcotrafic européen, capable d’exporter ses méthodes, ses réseaux et sa violence.

Une présence désormais assumée

Interrogé sur les fusillades qui ont secoué la Belgique durant l’été 2025, sur fond de règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants, Bernard Quintin n’a laissé place à aucune ambiguïté :

« Sans conteste. On le voit dans des flux de personnes, y compris de la Belgique vers Marseille. Cette mafia marseillaise est active et elle n’est pas la seule. »

Une déclaration lourde de sens. Elle confirme ce que de nombreux observateurs sécuritaires soupçonnaient déjà : la Belgique, et notamment Bruxelles ainsi que le port stratégique d’Anvers, est devenue une zone d’intérêt majeur pour les organisations criminelles françaises.

Anvers, Bruxelles : les nouveaux fronts du narcobanditisme

Le royaume belge occupe depuis plusieurs années une position centrale dans les routes européennes de la cocaïne. Le port d’Anvers est régulièrement cité comme l’un des principaux points d’entrée des cargaisons venues d’Amérique latine. À partir de là, la marchandise irrigue les marchés belge, français, néerlandais et allemand.

Dans ce contexte, la présence de groupes structurés venus de Marseille n’a rien d’anecdotique. Elle répond à une logique économique : contrôler les flux, sécuriser les points de distribution et éliminer la concurrence.

Les fusillades de 2025 ont illustré cette mutation. La violence urbaine, autrefois plus marginale en Belgique, s’est professionnalisée : commanditaires à distance, exécutants mobiles, armes de guerre et intimidation ciblée.

Des criminels plus rapides que les États

Le ministre belge l’a lui-même reconnu avec lucidité : la lutte reste inégale.

« L’avantage compétitif des trafiquants, c’est qu’ils n’ont pas de scrupules. »

La formule résume l’un des grands défis européens. Les réseaux criminels fonctionnent comme des entreprises modernes : flexibles, mobiles, digitalisés, sans frontières administratives. Les États, eux, demeurent ralentis par les procédures, les cloisonnements institutionnels et les limites territoriales.

Pendant qu’un juge délivre une commission rogatoire, un réseau a déjà changé de téléphone, déplacé ses fonds et recruté de nouveaux exécutants.

Une réponse européenne devenue indispensable

Bernard Quintin a insisté sur la nécessité d’une action collective entre pays européens. Le message est clair : aucun État ne peut gérer seul une criminalité devenue continentale.

Échanges de renseignements en temps réel, harmonisation judiciaire, surveillance financière accrue, coopération portuaire et traque des blanchiments doivent désormais devenir la norme.

Car derrière les fusillades spectaculaires se cache un système bien plus vaste : corruption, infiltration économique, intimidation locale et déstabilisation de quartiers entiers.

La Belgique face à un test historique

Longtemps considérée comme un pays stable, discret et institutionnellement solide, la Belgique découvre qu’elle est devenue un champ stratégique du crime organisé moderne.

L’aveu du ministre de l’Intérieur a le mérite de la clarté : la menace est réelle, déjà présente, et structurée.

La vraie question n’est donc plus de savoir si la DZ Mafia agit en Belgique. Elle agit. La question est désormais de savoir si l’Europe saura agir plus vite qu’elle.

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