Ahmed Laaouej sur BX1 : cimetières saturés, emplois ACS sanctuarisés et bras de fer institutionnel à Bruxelles

Bouchaib El Bazi

Bruxelles – Invité de la matinale de BX1, le ministre bruxellois de l’Action sociale et des Pouvoirs locaux, Ahmed Laaouej, a dressé un large état des lieux des dossiers sensibles qui traversent la Région-capitale : saturation des cimetières multiconfessionnels, avenir des emplois ACS, finances communales sous tension, réforme de la LEZ et rapports de force fédéraux. Une sortie médiatique dense, à l’image d’un gouvernement encore en phase d’installation mais déjà confronté à des arbitrages délicats.

Cimetières multiconfessionnels : l’urgence foncière rattrape Bruxelles

Premier dossier abordé : la saturation annoncée du cimetière multiconfessionnel de Schaerbeek, situé à Haren. Selon le ministre, les capacités d’inhumation restent disponibles jusqu’à la fin de l’année, possiblement un peu au-delà. Mais l’alerte est réelle.

Face à la pression démographique et aux besoins croissants liés à la diversité confessionnelle de Bruxelles, le gouvernement régional active plusieurs pistes : extension de parcelles existantes à Haren, redéploiement des espaces disponibles à Anderlecht et Forest, ainsi qu’une mutualisation intercommunale plus poussée.

Le ministre insiste sur la complexité technique du dossier : acquisition foncière, qualité des sols, aménagements réglementaires, concertation locale. Traduction politique : aucune solution miracle ne verra le jour en quelques semaines.

Emplois ACS : ligne rouge du Parti Socialiste

Autre séquence forte de l’entretien : les Agents Contractuels Subventionnés (ACS). Dans un contexte budgétaire tendu, Ahmed Laaouej a tenu à rassurer les secteurs concernés : aucune réduction des moyens n’est envisagée jusqu’en 2029.

Le message vise directement les inquiétudes du tissu associatif bruxellois, largement dépendant de ces dispositifs. Petite enfance, insertion socioprofessionnelle, culture, alphabétisation, lutte contre la pauvreté ou accompagnement des sans-abri : les ACS restent un pilier discret mais central du modèle social bruxellois.

Le ministre a également pris ses distances avec certaines pistes techniques évoquées par Laurent Hublet via Actiris, estimant qu’elles ne correspondaient pas à l’accord de majorité. Pour les socialistes, le sujet est non négociable.

Communes sous pression : Bruxelles paie les transferts fédéraux

Sur les finances locales, Ahmed Laaouej reconnaît la pression croissante sur les communes et les CPAS. Il pointe notamment les effets de décisions fédérales : exclusion accrue de demandeurs d’emploi, reports de charge vers les CPAS, sous-financement persistant des zones de police.

Malgré cela, la Région maintiendra ses dotations aux communes. Un engagement politiquement nécessaire, alors que plusieurs entités locales alertent sur des marges budgétaires proches de zéro.

Le ministre en a profité pour interpeller le ministre fédéral de l’Intérieur sur le refinancement structurel des polices locale et judiciaire. Derrière la formule, un message classique du fédéralisme belge : chacun accuse l’autre niveau de pouvoir de sous-financer ses obligations.

LEZ : vers une réforme plus sociale

Sur la Low Emission Zone (LEZ), dossier explosif pour de nombreux automobilistes bruxellois, Ahmed Laaouej confirme un changement de cap. Les amendes pouvant atteindre 1.500 euros céderaient la place à un système beaucoup plus modulé : 30 euros par mois via un pass annuel, avec un tarif social annoncé à 200 euros.

Des exemptions ciblées sont aussi en préparation pour certaines catégories professionnelles et ménages vulnérables. En attendant la refonte juridique rendue nécessaire après un arrêt de la Cour constitutionnelle, les amendes ne sont pas appliquées.

Le signal est clair : maintenir l’objectif environnemental sans transformer la transition écologique en punition sociale.

Police, missions royales et fédéralisme mature

L’interview a également permis au ministre socialiste de critiquer la fusion projetée des zones de police bruxelloises, jugée contre-productive pour la proximité policière. Certaines communes envisagent déjà des recours.

Autre pique institutionnelle : l’absence de Bruxelles lors de récentes missions économiques royales centrées sur la Flandre et la Wallonie. Pour Ahmed Laaouej, ignorer la capitale – premier bassin d’emploi du pays – relève d’un non-sens économique.

Il plaide enfin pour un « fédéralisme de maturité », formule élégante pour rappeler qu’en Belgique, la survie politique dépend souvent moins des grandes déclarations que de la capacité à coopérer entre niveaux de pouvoir.

Un ministre en campagne permanente

Au-delà des dossiers techniques, cette intervention révèle la méthode Laaouej : occuper le terrain médiatique, rassurer les acteurs sociaux, marquer ses lignes rouges et rappeler le poids politique de Bruxelles dans l’architecture belge.

Dans une Région où tout dossier local finit par devenir communautaire, budgétaire ou identitaire, la gestion des cimetières, des aides à l’emploi ou des amendes LEZ dépasse largement la simple administration. À Bruxelles, même les questions de voirie finissent souvent en débat d’État.

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