Zakaria El Ouahdi, un Soulier d’Ébène qui consacre l’ascension silencieuse du football marocain en Europe
Bouchaib El Bazi
Dans le cérémonial feutré des African Awards, organisé lundi soir à Woluwe-Saint-Lambert, en région bruxelloise, une nouvelle page de l’histoire du football marocain s’est écrite avec élégance et sans tapage. Le défenseur international marocain Zakaria El Ouahdi, pensionnaire du KRC Genk, a remporté la 35ᵉ édition du Soulier d’Ébène, distinction prestigieuse récompensant chaque année le meilleur joueur africain ou d’origine africaine évoluant sur les pelouses belges.
Une consécration loin d’être anodine, tant la concurrence était relevée. Face à lui figuraient des profils confirmés et très en vue cette saison : l’Algérien Adem Zorgane, maître à jouer de l’Union Saint-Gilloise, le Nigérian Raphaël Onyedika, véritable sentinelle du Club Bruges, le Canadien Promise David, révélation offensive de l’Union, ainsi que l’Ivoirien Parfait Guiagon, pièce importante du Sporting Charleroi. Dans un championnat belge devenu l’un des laboratoires les plus observés du football européen, ce sacre vient consacrer bien plus qu’une simple régularité sportive : il valide une maturité tactique, une constance mentale et une progression technique rarement démenties au cours de la saison.
À l’annonce de son nom, Zakaria El Ouahdi n’a pas caché son émotion. Avec sobriété, il a rappelé le niveau exceptionnel des joueurs en lice, soulignant que chacun des nommés aurait pu prétendre à cette reconnaissance. Mais derrière cette modestie de circonstance se cache une réalité sportive incontestable : le latéral marocain s’est imposé cette saison comme l’un des défenseurs les plus complets du championnat belge, capable d’allier discipline défensive, projection offensive et intelligence de placement.
En recevant son trophée des mains de Mbaye Leye, lauréat en 2013, El Ouahdi rejoint un palmarès particulièrement prestigieux où figurent des références majeures du football belge et international, à commencer par Mbark Boussoufa ou encore Romelu Lukaku. Une filiation symbolique qui dépasse le cadre de la récompense individuelle pour inscrire son nom dans une continuité historique du football multiculturel en Belgique.
Ce trophée intervient pourtant dans un contexte contrasté pour Genk. Le club limbourgeois, annoncé parmi les prétendants naturels aux premières places, n’a pas réussi à valider son billet pour les Champions’ Play-offs, une contre-performance difficilement digérée par les supporters comme par le vestiaire. El Ouahdi, lucide, n’a d’ailleurs pas cherché à masquer cette déception, reconnaissant que son équipe traverse une période moins flamboyante, tout en affirmant que l’objectif européen reste intact pour la saison prochaine.
Mais au-delà de l’échéance collective, cette distinction pourrait avoir une portée bien plus stratégique pour la carrière internationale du joueur. À quelques mois des grandes échéances mondiales, le Soulier d’Ébène pourrait peser dans la réflexion du staff technique marocain. Dans un secteur défensif où la concurrence est féroce, Zakaria El Ouahdi vient d’envoyer un message clair : il ne veut plus être considéré comme un simple espoir, mais comme une option crédible pour porter les couleurs du Royaume sur la scène mondiale.
Le football marocain, qui ne cesse d’exporter ses talents vers les championnats les plus compétitifs, trouve ainsi en Zakaria El Ouahdi une nouvelle illustration de son évolution structurelle. Formés, encadrés, exposés très tôt aux exigences du haut niveau européen, ces joueurs ne viennent plus apprendre sur le continent ; ils viennent désormais y imposer leur signature. Et parfois, comme ce lundi à Bruxelles, repartir avec les honneurs.