Asile et migration : la Belgique atteint un niveau record de renvois de condamnés sans titre de séjour

Bouchaib El Bazi

La Belgique a procédé, depuis le début de l’année, au renvoi d’un nombre inédit de personnes condamnées et dépourvues de titre de séjour. Selon des chiffres communiqués par la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), et rapportés lundi par De Standaard, 1 239 personnes ont été éloignées du territoire après avoir purgé tout ou partie de leur peine dans une prison belge.

Ce chiffre constitue un nouveau sommet. Jusqu’ici, le précédent record remontait à 2017, lorsque 1 112 personnes avaient été renvoyées au cours des huit premiers mois de l’année après leur passage en détention. La tendance avait ensuite nettement diminué : 991 renvois avaient été enregistrés en 2025, contre 828 en 2024.

Une politique de retour qui se durcit

Les personnes concernées sont des ressortissants étrangers ne disposant pas d’un droit de séjour valable en Belgique et ayant fait l’objet d’une condamnation pénale. Dans la plupart des cas, le renvoi intervient après l’exécution de la peine, ou lorsque celle-ci est arrivée à son terme.

L’augmentation enregistrée cette année traduit la volonté du gouvernement fédéral de renforcer l’exécution des décisions d’éloignement concernant les étrangers condamnés. La logique avancée par les autorités est double : éviter que des personnes condamnées pour des infractions restent sur le territoire après leur peine et améliorer la coordination entre le système pénitentiaire et les services chargés du retour.

Cette évolution s’inscrit dans un débat plus large sur la politique migratoire belge, où la question du retour des personnes en séjour irrégulier occupe désormais une place centrale.

Schaerbeek appelle à la nuance

À Schaerbeek, où les questions liées à la sécurité, à la migration et à la pression exercée sur les services communaux sont particulièrement sensibles, le bourgmestre appelle toutefois à ne pas réduire la problématique migratoire à la seule question des expulsions.

La commune souligne notamment la nécessité de distinguer les différentes situations administratives et judiciaires, ainsi que de tenir compte des réalités locales. Pour les autorités communales, une politique efficace doit certes permettre l’exécution des décisions de justice, mais également éviter les amalgames entre séjour irrégulier, délinquance et criminalité.

Cette mise en garde intervient alors que plusieurs communes bruxelloises sont confrontées à une forte pression sur leurs services sociaux, leur politique de sécurité et leurs dispositifs d’accompagnement.

Entre fermeté et efficacité

Le nouveau record de renvois pose surtout la question de l’efficacité à long terme de la politique de retour. Une expulsion ne peut être exécutée que si l’identité et la nationalité de la personne sont établies et si les conditions administratives et diplomatiques permettent son éloignement.

La capacité de la Belgique à obtenir des documents de voyage auprès des pays d’origine constitue donc un élément déterminant. À cela s’ajoutent les relations bilatérales avec les États concernés et les possibilités de réadmission.

Le gouvernement fédéral entend ainsi faire du retour des personnes condamnées sans droit de séjour l’un des instruments de sa politique migratoire. Mais derrière les statistiques se pose une question plus complexe : comment concilier l’exécution des décisions judiciaires et administratives avec les principes de l’État de droit, la réinsertion et la gestion des réalités sociales dans les grandes villes ?

Le débat belge ne porte donc plus uniquement sur le nombre de personnes éloignées, mais sur la capacité des autorités à construire une politique de retour à la fois ferme, juridiquement solide et opérationnelle.

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