Madrid met à l’épreuve sa relation avec Rabat : le projet de nationalité pour les Sahraouis revient au premier plan

Bouchaib El Bazi

Les relations entre le Maroc et l’Espagne s’apprêtent à traverser une nouvelle zone de turbulences. Alors que la question migratoire continue de peser sur les relations entre les deux pays, notamment autour de Ceuta, le débat revient cette fois par le biais d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour certaines catégories de Sahraouis.

Le porte-parole du groupe socialiste au Congrès des députés, Patxi López, a confirmé mardi que le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) soutiendrait le texte lors de son examen en séance plénière, prévu jeudi 10 septembre. Selon lui, le groupe socialiste défend sur ce dossier une position « indépendante » et ne conditionne pas son vote aux positions du Maroc.

La proposition concerne les personnes nées au Sahara durant la période de l’administration espagnole, ainsi que certains descendants de bénéficiaires. Elle a déjà franchi une étape parlementaire importante après son adoption par la commission de la Justice, avant son renvoi devant l’ensemble du Congrès.

Un texte aux implications qui dépassent la question administrative

Présenté par ses promoteurs comme une mesure destinée à répondre à une situation historique héritée de la période coloniale espagnole, le texte intervient sur un terrain particulièrement sensible. Toute initiative législative portant sur le statut des personnes originaires du Sahara demeure en effet étroitement liée au conflit autour du Sahara occidental et aux positions divergentes de Madrid et de Rabat sur cette question.

Le parti de gauche Sumar pousse également en faveur de l’adoption du texte à l’approche du vote. Son soutien pourrait contribuer à renforcer la pression parlementaire sur le gouvernement espagnol, alors même que l’exécutif de Pedro Sánchez cherche depuis plusieurs années à préserver un partenariat stratégique avec Rabat.

Une équation délicate pour Pedro Sánchez

Depuis 2022, Madrid a profondément réorienté sa politique à l’égard du Maroc en considérant le plan marocain d’autonomie comme la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour régler le différend du Sahara. Cette évolution avait permis une nette amélioration des relations bilatérales après plusieurs années de tensions.

Le débat sur la nationalité des Sahraouis intervient donc dans un contexte où Madrid tente de maintenir un équilibre entre sa politique étrangère, les positions des différentes forces composant sa majorité parlementaire et la nécessité de préserver ses intérêts stratégiques avec Rabat.

La difficulté tient précisément à cette contradiction apparente : le gouvernement espagnol cherche à consolider une relation bilatérale devenue essentielle, tandis que certaines forces politiques de son propre camp parlementaire entendent remettre sur la table des questions historiques susceptibles d’être perçues au Maroc comme une remise en cause de ses constantes diplomatiques.

Ceuta, autre point de tension

Le calendrier donne également au dossier une dimension particulière. La question migratoire, notamment à Ceuta, demeure l’un des principaux dossiers de coopération sécuritaire entre les deux pays. Madrid compte largement sur la coordination avec les autorités marocaines pour contenir les départs clandestins et lutter contre les réseaux de trafic de migrants.

Dans ce contexte, l’apparition d’un nouveau différend politique pourrait compliquer une relation qui repose désormais sur une interdépendance importante en matière de sécurité, de migration, d’énergie, de commerce et d’investissements.

Le véritable test sera celui de l’après-vote

Au-delà du résultat du scrutin de jeudi, c’est surtout la réaction des deux capitales qui sera observée. Une adoption du texte ouvrirait une nouvelle séquence parlementaire et pourrait contraindre Madrid à gérer avec précaution les conséquences diplomatiques de l’initiative.

Pour Rabat, le dossier devrait être examiné à l’aune de sa position constante sur la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Pour Madrid, l’enjeu sera de préserver la dynamique engagée depuis 2022 sans donner le sentiment de perdre le contrôle de son agenda parlementaire sur un dossier aussi sensible.

Le vote du Congrès espagnol ne constitue donc pas nécessairement une rupture dans les relations maroco-espagnoles. Il pourrait néanmoins devenir un nouveau révélateur de leurs fragilités : une relation désormais stratégique, mais qui reste exposée aux soubresauts de la politique intérieure espagnole et aux dossiers historiques qui continuent de traverser la Méditerranée.

 

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