À Bruxelles, Ceuta s’invite au Parlement européen sur fond de tensions migratoires avec le Maroc

Bouchaib El Bazi

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mercredi devant le Parlement européen à Bruxelles pour afficher leur soutien à Ceuta. Organisée à l’initiative du Parti populaire (PP) et de Vox, la mobilisation intervient quelques semaines après l’arrivée massive de migrants dans l’enclave espagnole et ravive les divergences sur la politique migratoire de Madrid et les relations avec Rabat.

Ceuta s’est retrouvée, mercredi, au cœur du débat politique européen. Devant le Parlement européen, place du Luxembourg, plusieurs centaines de personnes ont participé à un rassemblement organisé par le PP et Vox à l’occasion de la journée festive de la ville autonome.

Des députés européens, des collaborateurs parlementaires et des membres des deux formations politiques ont pris part à la mobilisation, aux côtés de ressortissants de Ceuta installés à Bruxelles. Dans la foule, des drapeaux espagnols, européens et de Ceuta accompagnaient des slogans réaffirmant l’appartenance de l’enclave à l’Espagne.

Des pancartes dénonçant ce qui était présenté comme une « invasion » ont également été brandies, tandis que les manifestants réclamaient une réponse plus ferme des autorités espagnoles et européennes face à la pression migratoire.

Le PP réclame une réponse européenne

Le Parti populaire a placé cette mobilisation sous le signe de la défense des frontières européennes. Dolors Montserrat, porte-parole du PP au Parlement européen, a insisté sur le statut particulier de Ceuta, qu’elle présente à la fois comme territoire espagnol et comme frontière méridionale de l’Union européenne.

Elle a demandé le retour des adultes présents irrégulièrement dans l’enclave ainsi que la prise en charge, conformément aux procédures applicables, des mineurs non accompagnés. Selon elle, l’Union européenne dispose déjà des instruments nécessaires pour soutenir l’Espagne dans la gestion de ses frontières et des retours.

La responsable conservatrice a parallèlement ciblé le gouvernement de Pedro Sánchez. Elle lui reproche de ne pas avoir suffisamment anticipé l’arrivée massive de migrants, malgré, selon le PP, des alertes préalables des forces de sécurité et des services de renseignement.

Le parti réclame dès lors des explications politiques et met en cause la gestion de la crise par l’exécutif socialiste, allant jusqu’à demander la démission du gouvernement et la convocation d’élections générales.

Vox pousse l’affrontement avec Rabat

Le discours de Vox s’est révélé nettement plus offensif. Jorge Buxadé, chef de la délégation du parti au Parlement européen, a qualifié les événements de Ceuta d’« acte de guerre hybride », qu’il attribue directement au Maroc.

Cette lecture, particulièrement dure, dépasse la seule question migratoire. Vox considère les arrivées massives comme une atteinte à l’intégrité territoriale espagnole et appelle les institutions européennes à adopter une réponse politique et économique contre Rabat.

Dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, et au commissaire chargé des Affaires intérieures et des Migrations, Magnus Brunner, le parti d’extrême droite demande une condamnation officielle du Maroc.

Vox réclame notamment la suspension de l’accord euro-méditerranéen entre l’Union européenne et le Maroc ainsi que le gel de certains financements européens destinés à Rabat. Le parti va plus loin en demandant une limitation de la délivrance des visas aux ressortissants marocains et un durcissement des conditions d’octroi de nouveaux permis de séjour ou de travail.

Il appelle également à envisager des sanctions européennes contre le Maroc, établissant un parallèle avec les mesures prises par l’Union européenne contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine.

Une crise locale devenue dossier européen

Derrière les slogans et les affrontements politiques, la mobilisation bruxelloise révèle surtout la difficulté à dissocier la question migratoire de la relation stratégique entre l’Espagne, le Maroc et l’Union européenne.

Le PP et Vox partagent le constat d’une réponse qu’ils jugent insuffisante de Madrid, mais leurs approches diffèrent sensiblement. Le premier insiste sur la responsabilité du gouvernement espagnol et sur une plus grande implication des institutions européennes. Le second cherche à transformer la crise en contentieux politique avec Rabat et réclame des mesures de rétorsion contre le Maroc.

Cette différence n’est pas anodine. Elle illustre le déplacement progressif de la question de Ceuta, longtemps traitée principalement comme un dossier bilatéral hispano-marocain, vers le terrain des politiques européennes de sécurité, de migration et de contrôle des frontières.

À Bruxelles, le rassemblement aura ainsi servi autant à défendre Ceuta qu’à projeter son dossier au cœur de la bataille politique européenne. Reste désormais à savoir si les accusations formulées contre Rabat seront étayées par des éléments établis et vérifiables et, surtout, si les institutions européennes accepteront de transformer cette crise en nouvel épisode de confrontation avec le Maroc.

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