Plus de 1 000 policiers réunis à Bruxelles pour rendre hommage à Nordine El Talbi
Bouchaib El Bazi
Une cérémonie marquée par l’émotion, la solidarité des forces de l’ordre et un appel à ne pas banaliser les violences contre les policiers.
Près d’un millier de policiers venus de toute la Belgique se sont rassemblés vendredi à Bruxelles pour rendre un dernier hommage à Nordine El Talbi, membre de la Brigade anti-agression (BAA) de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles, tué dans l’exercice de ses fonctions. Organisée au Cinquantenaire, la cérémonie a réuni collègues, responsables politiques, représentants des services de secours et autorités judiciaires, dans une atmosphère empreinte de recueillement.
La mobilisation, qui a rassemblé des policiers issus de différentes zones du pays ainsi que des services fédéraux, a témoigné de l’ampleur du choc provoqué par la disparition de cet agent de 41 ans. Décrit par ses collègues comme un professionnel courageux, intègre et profondément attaché à son métier, Nordine El Talbi laisse le souvenir d’un homme apprécié pour son engagement, son sens du devoir et ses qualités humaines.
Une profession endeuillée
Les témoignages prononcés lors de l’hommage ont souligné la dimension humaine de cette disparition. Derrière l’uniforme, ont rappelé plusieurs intervenants, se trouvent des femmes et des hommes exposés quotidiennement aux risques du terrain, dont la mission consiste à protéger la population, parfois au péril de leur vie.
Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), a lui-même reconnu le caractère exceptionnel de la cérémonie. « Cette cérémonie n’aurait jamais dû avoir lieu », a-t-il déclaré, estimant qu’il aurait préféré retrouver le policier chez lui plutôt que de participer à un hommage consécutif à sa mort.
Les collègues de Nordine El Talbi ont également évoqué un homme animé par la générosité, la persévérance et un profond esprit de camaraderie. Certains le considéraient comme un frère, d’autres comme un ami proche. Tous ont exprimé la même douleur face à une disparition qui bouleverse durablement la communauté policière.
« 007 » et « James », les surnoms d’une équipe soudée
Au sein de la Brigade anti-agression, les surnoms « 007 » et « James » rappelaient les liens qui unissaient les membres de cette équipe. Nordine El Talbi était surnommé « James », tandis que l’un de ses collègues portait celui de « 007 ».
Ces appellations, chargées de souvenirs partagés, ont pris une dimension particulière au cours de la cérémonie. Elles témoignent d’une solidarité professionnelle qui dépasse les interventions quotidiennes et les contraintes du métier. Dans les rangs de la police, la disparition d’un collègue ne constitue pas seulement la perte d’un agent expérimenté : elle touche aussi une communauté confrontée à des situations de danger et de tension.
La présence de nombreux policiers, en uniforme comme en tenue civile, a donné à cet hommage une portée nationale. Plusieurs délégations étaient venues témoigner de leur soutien à la famille du défunt et à ses collègues.
Une distinction à titre posthume
Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), a remis à Nordine El Talbi, à titre posthume, la Croix civique de première classe, une distinction destinée à saluer son courage, son dévouement et son humanité.
Une minute de silence a ensuite été observée, avant la projection d’un film retraçant la mémoire du policier disparu. La cérémonie s’est achevée vers 11 h 45, dans un climat de profonde émotion.
Le procureur du Roi, Julien Moinil, avait également fait le déplacement. La présence des autorités policières, judiciaires et politiques a souligné la gravité de l’événement et la nécessité de soutenir les professionnels chargés de faire respecter la loi.
Une arrestation au cœur de l’enquête
L’hommage intervient alors que l’enquête sur les circonstances de la mort du policier se poursuit. Selon les informations rapportées par La Dernière Heure, deux individus ont été arrêtés en marge de la cérémonie.
L’un aurait brandi un t-shirt portant l’inscription « A.C.A.B. », acronyme hostile à la police. Il a été privé de liberté judiciairement, tandis que le second, qui ne portait pas le vêtement mais accompagnait la première personne, a fait l’objet d’une arrestation administrative pendant la cérémonie. Il a ensuite été relâché, selon les informations publiées.
Ces incidents ont ravivé les interrogations sur les tensions auxquelles les forces de l’ordre peuvent être confrontées, y compris lors d’un rassemblement organisé en mémoire de l’un des leurs. Ils ne sauraient toutefois détourner l’attention de l’essentiel : la perte d’un policier dans l’exercice de ses fonctions et l’attente de réponses précises sur les circonstances du drame.
Au-delà de l’émotion, la mort de Nordine El Talbi pose une nouvelle fois la question de la sécurité des policiers sur le terrain, de leur protection face aux violences et de la reconnaissance de leur engagement. Pour ses collègues réunis au Cinquantenaire, cet hommage était autant un adieu à un homme qu’un rappel de la solidarité qui unit celles et ceux qui exercent le même métier.