La Journée Montoise de la Culture Marocaine célèbre 30 ans d’engagement de Droit et Devoir entre innovation, solidarité et dialogue interculturel

Majdi Fatima Zahra

À Mons, la culture marocaine ne s’est pas limitée cette année à une simple célébration artistique ou folklorique. La 11e édition de la Journée Montoise de la Culture Marocaine, organisée par l’ASBL Droit et Devoir, a pris l’allure d’un véritable laboratoire d’idées où se sont croisés débats intellectuels, témoignages humains, réflexions sur l’avenir du travail et enjeux liés à la transformation numérique des sociétés contemporaines.

L’événement revêtait une dimension particulière puisqu’il coïncidait avec les trente années d’existence de l’association, devenue au fil du temps l’un des acteurs majeurs de l’insertion socioprofessionnelle, de la formation numérique et du rapprochement interculturel entre la Belgique et le Maroc. Pendant toute une journée, universitaires, responsables associatifs, représentants institutionnels, membres de la diaspora marocaine et citoyens belges ont partagé un même espace de réflexion autour des mutations économiques, sociales et technologiques qui redéfinissent aujourd’hui les sociétés européennes et maghrébines.

Au cœur de cette manifestation figurait une série de tables rondes consacrées aux défis contemporains : intelligence artificielle, santé mentale, économie circulaire, développement durable, insertion professionnelle ou encore entrepreneuriat. Des sujets qui témoignent de l’évolution profonde de l’ASBL, longtemps identifiée au recyclage informatique, mais devenue progressivement une plateforme d’innovation sociale et pédagogique reconnue bien au-delà de la région montoise.

Les discussions ont notamment permis de revenir sur plusieurs projets internationaux menés dans le cadre de consortiums européens, illustrant l’ouverture croissante de l’association sur les grands enjeux globaux. Parmi les initiatives évoquées figuraient des programmes consacrés à la valorisation des déchets technologiques, au développement des compétences numériques, aux environnements digitaux publics ou encore à la modernisation des dispositifs de formation professionnelle au Maroc en partenariat avec l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail.

 

L’un des moments marquants de la journée fut également l’évocation des coopérations universitaires entre la Belgique et le Maroc, notamment avec l’Université Cadi Ayyad, autour de projets visant à renforcer l’employabilité des étudiants grâce aux compétences numériques et aux soft skills. Ces collaborations illustrent la volonté de l’association de penser l’insertion professionnelle dans une perspective globale où la technologie devient un levier d’émancipation sociale plutôt qu’un facteur d’exclusion.

Au-delà des chiffres et des partenariats, la journée a surtout mis en lumière l’histoire humaine de l’ASBL. Plusieurs intervenants ont rendu hommage à Bouchta Samawi, ingénieur marocain arrivé en Belgique dans les années 1990 avec la conviction que la rencontre des cultures et la transmission du savoir pouvaient devenir des instruments puissants de cohésion sociale.

Les nombreux témoignages entendus au cours de la cérémonie ont rappelé combien l’association a permis à des centaines de personnes éloignées du marché du travail de retrouver confiance, dignité et perspectives d’avenir. L’émotion était particulièrement palpable lorsque d’anciens stagiaires ont raconté leurs parcours, souvent marqués par la précarité, la migration ou le déclassement professionnel, avant leur passage par Droit et Devoir.


L’un des témoignages les plus marquants fut celui d’une ancienne bénéficiaire devenue aujourd’hui directrice d’une maison d’accueil, qui a expliqué comment l’association lui avait permis de dépasser les barrières linguistiques et sociales pour reprendre des études universitaires après une première formation en informatique. Un récit qui a illustré avec force la philosophie défendue depuis trente ans par l’ASBL : considérer chaque individu non pas à travers ses fragilités, mais à travers son potentiel.

Cette approche profondément humaine a également été au centre des échanges consacrés à la santé mentale et aux nouvelles formes de vulnérabilité au travail. Des spécialistes en neurocognitivisme et des responsables de centres de formation ont souligné l’augmentation des situations de burn-out, de perte de repères professionnels et d’épuisement psychologique dans un contexte économique de plus en plus exigeant.

Pour les intervenants, la question de l’insertion ne peut plus être réduite à une simple acquisition de compétences techniques. Elle implique désormais un accompagnement global intégrant l’écoute, la reconstruction de l’estime de soi et la prise en compte des réalités sociales et psychologiques des demandeurs d’emploi. Une vision que Droit et Devoir semble avoir intégrée bien avant que ces problématiques ne deviennent centrales dans les politiques publiques européennes.

La journée fut également l’occasion de revenir sur le parcours exceptionnel de l’association depuis sa création dans un simple garage de Mons, à une époque où le recyclage informatique et la fracture numérique étaient encore des sujets largement ignorés. Visionnaire, l’ASBL a très tôt compris que les déchets technologiques pouvaient devenir une ressource pédagogique et sociale. En formant des personnes sans qualification aux métiers de l’informatique à partir de matériel récupéré, elle a contribué à démocratiser l’accès au numérique bien avant l’émergence des politiques actuelles de transition digitale.

Cette capacité d’innovation a valu à l’association de nombreuses distinctions au fil des années, parmi lesquelles plusieurs prix liés à l’économie sociale, au développement durable et à l’innovation pédagogique. Mais au-delà des récompenses institutionnelles, les responsables de l’ASBL ont insisté sur ce qu’ils considèrent comme leur véritable réussite : les trajectoires humaines transformées grâce à la formation et à l’accompagnement.

L’après-midi a prolongé cette dynamique avec des rencontres dédiées à la diaspora marocaine, en présence de représentants économiques et associatifs venus du Maroc et de Belgique. Des ateliers artistiques, une conférence sur les représentations du Maroc dans les médias ainsi qu’une exposition consacrée aux relations artistiques belgo-marocaines ont ensuite donné à la manifestation une dimension culturelle assumée.

À travers cette journée dense et multidisciplinaire, Droit et Devoir a démontré qu’une association locale pouvait devenir un acteur international du dialogue interculturel, de l’innovation sociale et de la formation citoyenne. Entre mémoire migratoire, coopération universitaire, économie sociale et intelligence artificielle, l’événement a surtout rappelé qu’au cœur des mutations technologiques et économiques, la question fondamentale demeure celle de l’humain.

Dans un contexte européen marqué par les fractures sociales, les tensions identitaires et les bouleversements numériques, la Journée Montoise de la Culture Marocaine aura ainsi porté un message simple mais essentiel : l’avenir des sociétés ne pourra se construire durablement sans solidarité, sans transmission et sans cette capacité rare à faire de la diversité culturelle une richesse collective.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.