Najate Saadoun, une figure discrète de l’engagement associatif à Bruxelles

Rime Medaghri

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À Bruxelles, certaines trajectoires associatives se construisent loin des projecteurs, au fil des rencontres, des urgences sociales et d’une fidélité constante aux autres. Celle de Najate Saadoun appartient à cette catégorie. Belge d’origine marocaine, engagée depuis plus d’un quart de siècle dans l’action associative, elle a fait de l’écoute, de la proximité et de l’accompagnement des personnes vulnérables le fil conducteur de son parcours.

À la tête de l’association Dar Al Ward, elle intervient auprès de femmes confrontées à l’isolement ou à la précarité, accompagne des familles dans leurs démarches quotidiennes et tente, chaque fois que cela est possible, de redonner confiance à des jeunes en perte de repères. Son action s’inscrit dans une conception de l’engagement qui privilégie la présence sur le terrain plutôt que la visibilité.

Une association née d’un besoin concret

Lorsque Najate Saadoun et ses proches ont décidé de créer Dar Al Ward, l’action associative reposait encore largement sur l’investissement personnel de quelques femmes. L’objectif initial était précis : offrir un espace aux femmes migrantes isolées dans leur quotidien et leur permettre de rompre avec un enfermement qui dépassait souvent les murs du domicile.

Le choix du nom « Dar Al Ward » — la maison de la rose — traduit cette ambition. Il renvoie à l’idée d’un lieu où les femmes et leurs enfants peuvent retrouver les conditions nécessaires à leur épanouissement, renouer avec les autres et reprendre progressivement confiance en eux-mêmes.

Au fil des années, le projet s’est élargi. Les ateliers et les espaces de dialogue ont progressivement laissé place à un accompagnement plus global, allant de l’aide administrative à la recherche d’un emploi, en passant par l’orientation sociale et l’accompagnement dans des situations personnelles parfois complexes.

La proximité comme méthode

Ce qui caractérise l’action de Najate Saadoun est moins la recherche d’une réponse institutionnelle que la volonté de trouver, dans l’urgence, une solution adaptée à chaque situation.

Une personne confrontée à une difficulté administrative, une femme cherchant à retrouver une autonomie professionnelle ou une famille ayant besoin d’un accompagnement peuvent ainsi trouver auprès de l’association une écoute et un soutien. Pour mener ces actions, Dar Al Ward s’appuie sur des citoyens, des bénévoles et un réseau de donateurs qui accompagnent son travail depuis plusieurs années.

Cette mobilisation constitue, selon Najate Saadoun, l’une des principales forces du tissu associatif : la capacité à réunir autour d’une situation concrète des personnes qui ne se connaissent pas nécessairement, mais partagent la volonté d’être utiles.

L’objectif n’est pas de se substituer aux institutions, mais de rapprocher les personnes des dispositifs susceptibles de les aider et de les accompagner dans leurs démarches.

Retrouver les jeunes en perte de repères

L’engagement de Najate Saadoun ne se limite toutefois pas aux questions liées à l’intégration des femmes. Une partie de son activité est également consacrée aux jeunes qui connaissent une période de rupture, d’isolement ou de perte de repères.

Là encore, son approche repose avant tout sur l’écoute. Restaurer la confiance, recréer du lien et permettre à un jeune de retrouver une perspective constituent parfois les premières étapes avant toute autre intervention.

Cette dimension intergénérationnelle occupe une place importante dans sa conception de l’engagement. Elle considère que les associations peuvent contribuer à maintenir des passerelles entre des générations qui n’ont pas toujours les mêmes références ni les mêmes expériences.

Une relation assumée avec le Maroc

Cette action bruxelloise s’accompagne d’un engagement constant en faveur de projets au Maroc. Malgré une vie construite entre deux cultures, Najate Saadoun a conservé un lien étroit avec son pays d’origine et cherche à mettre cette relation au service de projets à dimension sociale et humaine.

Avec des acteurs associatifs établis en Belgique et au Maroc, elle participe à la recherche de financements et à la réalisation d’initiatives très diverses : soutien à des personnes ayant besoin d’un médicament indisponible localement, participation à des projets liés à l’accès à l’eau ou contribution à des programmes de développement.

La logique demeure la même : partir d’un besoin concret et tenter d’y apporter une réponse, quelle que soit l’ampleur du projet.

Transmettre une connaissance du Maroc aux jeunes

Cette relation au Maroc prend également une dimension éducative et culturelle. Najate Saadoun organise notamment des voyages destinés à faire découvrir à des jeunes Marocains et Belges différentes régions du Royaume, avec une attention particulière accordée aux provinces du Sud.

L’objectif affiché est de permettre aux participants de mieux comprendre l’histoire, la géographie et les enjeux qui entourent la question du Sahara, tout en découvrant la diversité culturelle et territoriale du Maroc.

Cette démarche s’inscrit, à ses yeux, dans une volonté plus large de transmission. Pour une génération née ou ayant grandi en Belgique, le rapport au pays d’origine ne va pas nécessairement de soi. Il doit parfois être entretenu, expliqué et vécu.

Une double appartenance revendiquée

La trajectoire de Najate Saadoun illustre finalement une réalité devenue familière dans les sociétés européennes : celle de femmes et d’hommes capables de construire leur vie dans plusieurs espaces culturels sans considérer ces appartenances comme contradictoires.

Elle revendique ainsi sans détour son identité marocaine tout en assumant pleinement sa citoyenneté belge. Pour elle, ces deux dimensions ne s’opposent pas ; elles constituent au contraire les deux composantes d’un parcours personnel et associatif construit sur plusieurs décennies.

Son engagement auprès des femmes, des familles et des jeunes témoigne d’une conception de la citoyenneté qui ne se résume pas au statut administratif. Il se mesure aussi à la capacité de contribuer à la société, de créer du lien et de transmettre.

À Bruxelles comme au Maroc, Najate Saadoun a choisi une voie peu spectaculaire mais exigeante : celle de la proximité. Une action faite de démarches, de coups de téléphone, de portes ouvertes, de projets parfois modestes et de solidarités quotidiennes. Une manière, en somme, de considérer que l’engagement associatif commence souvent là où les grandes déclarations s’arrêtent : auprès de celles et ceux qui ont besoin, concrètement, que quelqu’un leur tende la main.

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