Insécurité à Bruxelles : au-delà des slogans, regarder aussi les responsabilités politiques
Bouchaib El Bazi
À chaque nouvelle fusillade, à chaque affaire de trafic de stupéfiants ou à chaque épisode de violence dans les rues de Bruxelles, le débat politique semble rapidement se réduire à une formule devenue familière , l’insécurité serait le produit de « 25 ans de politique socialiste ». Une accusation commode, sans doute, mais qui mérite d’être confrontée à la chronologie réelle des responsabilités politiques.
Une histoire institutionnelle plus complexe
Depuis le début des années 2000, le portefeuille fédéral de l’Intérieur a été confié à des responsables issus de plusieurs familles politiques : libéraux, démocrates-chrétiens, nationalistes flamands et centristes. Parmi eux figurent Antoine Duquesne, Patrick Dewael, Guido De Padt, Annemie Turtelboom, Joëlle Milquet, Jan Jambon, Pieter De Crem, Annelies Verlinden ou encore Bernard Quintin.
Cette succession suffit à relativiser les récits qui attribuent mécaniquement les difficultés actuelles à une seule formation politique. Elle ne permet évidemment pas davantage de désigner un parti comme responsable unique de l’ensemble des problèmes de sécurité. La réalité institutionnelle belge est autrement plus complexe.
La police, la justice, les communes, les Régions, les zones de police et l’État fédéral disposent chacun de compétences et de leviers différents. La lutte contre le crime organisé, le trafic de drogue, le blanchiment d’argent ou les violences urbaines dépend donc d’une chaîne de responsabilités qui dépasse largement le seul cabinet du ministre de l’Intérieur.
La tentation du bouc émissaire
C’est précisément pour cette raison que le débat mérite davantage de rigueur. Lorsque la question de l’insécurité est transformée en procès politique permanent, le risque est de remplacer l’analyse des politiques publiques par la recherche d’un responsable désigné à l’avance.
Or, une politique de sécurité se juge sur des résultats, mais aussi sur les moyens mobilisés, la coordination des services, l’efficacité de la justice, la capacité à démanteler les réseaux criminels et la prévention de la délinquance.
Attribuer les difficultés de Bruxelles à « 25 ans de socialisme » revient donc à simplifier à l’extrême une histoire politique au cours de laquelle plusieurs coalitions et plusieurs familles politiques ont participé à l’exercice du pouvoir fédéral.
Une responsabilité qui dépasse les partis
Cela ne signifie pas que les responsables socialistes soient exonérés de toute responsabilité lorsqu’ils ont exercé des fonctions de pouvoir aux différents niveaux institutionnels. Mais l’argument vaut dans les deux sens : les partis libéraux, démocrates-chrétiens ou nationalistes qui ont eux aussi participé à la gestion du pays ne peuvent pas davantage se présenter aujourd’hui comme de simples observateurs des politiques de sécurité conduites au cours des dernières décennies.
Lorsqu’un parti participe durablement au pouvoir, il doit accepter que son bilan soit examiné. La responsabilité politique ne peut être à géométrie variable : on ne peut revendiquer les réussites d’une gouvernance tout en attribuant systématiquement ses échecs aux adversaires.
Bruxelles a besoin de solutions, pas d’un concours d’accusations
Face à la montée des préoccupations sécuritaires, les citoyens bruxellois attendent autre chose qu’un affrontement de slogans. Ils veulent des policiers suffisamment nombreux et correctement équipés, une justice capable de traiter les dossiers dans des délais raisonnables, une lutte déterminée contre les réseaux de criminalité organisée et une coopération efficace entre les différents niveaux de pouvoir.
La question centrale devrait donc être moins « qui peut-on accuser ? » que « qu’est-ce qui fonctionne, qu’est-ce qui échoue et que faut-il changer ? ».
C’est à cette condition que le débat sur la sécurité pourra sortir de la logique du bouc émissaire. Les responsabilités doivent être établies à partir des faits, des décisions prises et des résultats obtenus, plutôt qu’à partir de slogans électoraux.
En politique, les déclarations peuvent changer au gré des coalitions. Les chronologies, elles, restent. Et lorsqu’il s’agit d’établir un bilan, les faits ont souvent une mémoire beaucoup plus longue que les discours.