Saint-Gilles : face à la montée du trafic de drogues, les habitants réclament une réponse qui dépasse la seule répression
Bouchaib El Bazi
Près de 500 habitants se sont rassemblés dimanche après-midi sur la place de Bethléem, à Saint-Gilles, pour dénoncer l’emprise croissante du crime organisé et les violences liées au trafic de stupéfiants. Une mobilisation qui intervient après plusieurs fusillades ayant marqué la commune ces dernières semaines et qui traduit une inquiétude grandissante parmi les riverains.
À Saint-Gilles, la question de l’insécurité liée au trafic de drogues s’est désormais imposée dans le débat local. Dimanche, près de 500 personnes ont répondu à l’appel d’habitants et d’acteurs associatifs pour exprimer leur refus de voir les quartiers s’installer durablement dans un climat de violence.
Le rassemblement, organisé sur la place de Bethléem, intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par plusieurs fusillades attribuées au phénomène du trafic de stupéfiants. Au-delà de la succession des faits divers, les participants entendent surtout alerter sur les conséquences quotidiennes d’un phénomène qui, selon eux, affecte progressivement l’espace public, les commerces et la qualité de vie des habitants.
Pour Timothy Eden, l’un des organisateurs, le trafic de drogue alimente un système criminel qui finit par déborder largement du seul cadre des réseaux impliqués. Il dénonce une situation qui touche les rues, les parcs, les espaces fréquentés par les enfants, mais également les commerces et les établissements de restauration. Le sentiment d’abandon exprimé par certains riverains vise également les responsables politiques, accusés de ne pas apporter une réponse suffisamment concrète aux préoccupations locales.
La mobilisation ne se limite toutefois pas à une demande de renforcement de la présence policière. Plusieurs participants défendent une approche plus globale, combinant sécurité, prévention et accompagnement social.
Marcella Militello, représentante de l’ASBL BASTA! — Belgian Antimafia: Steps Toward Awareness! — reconnaît la nécessité d’une réponse judiciaire et policière à la criminalité organisée. Mais, selon elle, la répression ne peut constituer à elle seule une stratégie durable. Elle plaide pour davantage de moyens humains dans les services de proximité, notamment dans l’enseignement, le travail social et la prévention de rue.
Cette approche repose sur une conviction : la lutte contre les réseaux criminels ne se joue pas uniquement dans les commissariats et les tribunaux, mais également dans les quartiers où certains jeunes peuvent être exposés au recrutement par les organisations criminelles. La réinsertion des personnes sortant de prison ou d’un établissement pour mineurs constitue, à ses yeux, un autre volet essentiel de la réponse publique.
Derrière cette mobilisation se dessine ainsi une revendication plus large : ne pas réduire la lutte contre le narcotrafic à une succession d’opérations policières après chaque épisode de violence. Les associations et les habitants demandent également un investissement durable dans les quartiers, un soutien accru aux commerces locaux et une politique de prévention capable d’agir en amont.
BASTA! défend par ailleurs l’idée que les moyens financiers saisis dans le cadre d’opérations contre le crime organisé puissent, dans certaines conditions, contribuer au financement de projets au bénéfice des quartiers concernés.
À Saint-Gilles, le message des manifestants apparaît donc double. Ils réclament une réponse ferme face aux réseaux criminels, mais refusent que la sécurité soit pensée exclusivement sous l’angle sécuritaire. Pour eux, reconquérir les quartiers suppose aussi de restaurer la confiance, de renforcer les services publics et de donner aux jeunes des perspectives suffisamment solides pour que le crime organisé ne puisse devenir une voie de substitution.