Tindouf : le Maroc plaide pour sortir de la logique du provisoire

Bouchaib El Bazi

Genève – Après plusieurs décennies de gestion humanitaire, le dossier des camps de Tindouf revient au centre d’un débat sur la pertinence des réponses apportées à une situation devenue durable. Le Maroc a appelé, mercredi à Genève, à privilégier une approche fondée sur la recherche de solutions pérennes pour les populations concernées, plutôt que sur la seule reconduction des mécanismes d’assistance.

Lors des travaux du Comité permanent du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU et des autres organisations internationales à Genève, Omar Zniber, a défendu une approche articulée autour de trois possibilités : le retour volontaire dans le pays d’origine, l’intégration dans le pays d’accueil ou la réinstallation dans un État tiers.

Ces trois options ne constituent pas, en elles-mêmes, une nouvelle catégorie de solutions. Elles correspondent aux principaux mécanismes traditionnellement retenus par le droit international pour mettre durablement fin aux situations de déplacement forcé. L’enjeu, pour Rabat, consiste désormais à les intégrer davantage dans la réflexion internationale consacrée aux camps de Tindouf.

Repenser l’aide au-delà de l’urgence

La position marocaine intervient dans un contexte où la pérennisation de l’aide humanitaire soulève une question de fond : comment éviter qu’un dispositif conçu pour répondre à une situation exceptionnelle ne devienne la gestion permanente d’une crise sans perspective de règlement ?

Omar Zniber a ainsi appelé le HCR à prendre en considération ces trois scénarios dans sa programmation budgétaire consacrée aux camps. L’objectif affiché est de compléter l’assistance humanitaire par une réflexion sur les conditions permettant aux personnes concernées de retrouver, à terme, une situation stable et durable.

Le Maroc affirme, dans cette perspective, être disposé à contribuer aux différentes options envisagées, à condition que le choix de chaque personne soit libre, volontaire et individuel.

Une question qui dépasse la seule dimension humanitaire

Derrière cette proposition se dessine une volonté de déplacer le centre du débat. La question n’est plus uniquement celle du financement de l’aide, de son acheminement ou de son renouvellement, mais celle de la capacité de la communauté internationale à offrir une véritable perspective aux populations vivant dans les camps.

Chacun des trois scénarios comporte toutefois des conditions spécifiques. Le retour volontaire suppose un environnement permettant un retour libre et sécurisé. L’intégration locale dépend, quant à elle, du cadre juridique et politique du pays d’accueil. La réinstallation dans un pays tiers nécessite enfin l’engagement d’États disposés à accueillir les personnes concernées.

Cette diversité montre que la recherche d’une solution durable ne peut relever d’un acteur unique. Elle implique la mobilisation du HCR, des États concernés, des pays donateurs et, surtout, la prise en compte des choix individuels des populations.

Le débat sur la durée d’une situation devenue chronique

La proposition marocaine intervient alors que le dossier de Tindouf demeure étroitement lié aux tensions régionales autour du Sahara. Rabat cherche néanmoins à l’inscrire dans une problématique distincte : celle du traitement des populations vivant dans les camps et de leur accès à des solutions conformes aux principes internationaux de protection.

Selon le représentant marocain, cette approche suscite l’intérêt de plusieurs pays donateurs. Si cette dynamique devait se confirmer, elle pourrait alimenter une réflexion plus large sur l’évolution des politiques d’assistance et sur la nécessité de consacrer davantage de moyens à la recherche de solutions durables.

Au-delà des divergences politiques, le débat posé à Genève est donc essentiellement celui de la finalité de l’action humanitaire. Lorsqu’une situation provisoire se prolonge pendant des décennies, la question n’est plus seulement de savoir comment maintenir l’aide, mais aussi comment créer les conditions permettant d’en sortir.

C’est sur ce terrain que le Maroc entend désormais faire porter une partie du débat international sur les camps de Tindouf.

 

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