Foulard : le licenciement d’une enseignante en Flandre-Orientale fait débat

Bouchaib El Bazi

Hadija Amajoud, enseignante à Assenede, a été licenciée par la province de Flandre-Orientale après avoir refusé de retirer son foulard islamique pendant ses heures de travail. Une décision que la CGSP conteste et qui ravive le débat sur la neutralité dans l’enseignement public.

Le foulard d’Hadija Amajoud aura finalement pesé plus lourd que son parcours professionnel. Enseignante à Assenede, en Flandre-Orientale, la jeune femme a été licenciée après avoir refusé de retirer son foulard islamique durant ses heures de travail.

La décision a été confirmée par l’intéressée. Elle intervient dans un contexte où la province applique strictement son règlement relatif aux signes convictionnels dans son réseau d’enseignement.

Selon les éléments rapportés, Hadija maîtrise couramment le néerlandais et ses prestations professionnelles n’avaient jusqu’ici pas fait l’objet d’une évaluation négative. Elle avait par ailleurs été nommée à titre définitif le 1er janvier 2024.

C’est précisément ce qui rend la décision particulièrement sensible.

« Je perds mon emploi, mes revenus et ma sécurité »

Pour l’enseignante, les conséquences dépassent largement la question vestimentaire.

Elle estime perdre, avec son licenciement, son emploi, ses revenus et la sécurité liée à sa nomination définitive. Une situation qu’elle vit comme une remise en cause de son parcours professionnel pour une raison qui, selon elle, ne concerne pas la qualité de son enseignement.

Le syndicat socialiste CGSP conteste la décision et entend défendre la situation de l’enseignante.

La neutralité au cœur du dossier

Du côté de la province, le raisonnement repose sur le respect du règlement applicable au personnel.

La question de la neutralité est particulièrement sensible dans l’enseignement public. Les autorités souhaitent garantir un cadre commun aux élèves et au personnel, notamment en matière de signes convictionnels.

Mais le cas d’Hadija pose une question essentielle : jusqu’où peut aller l’obligation de neutralité lorsqu’elle entre en conflit avec la liberté individuelle d’un membre du personnel ?

Le débat ne porte donc plus uniquement sur le port du foulard. Il concerne également la proportionnalité de la sanction.

Car entre demander à une enseignante de respecter une règle et mettre définitivement fin à sa carrière, il existe une différence considérable.

Une question de principe

L’affaire intervient dans un contexte belge où la question des signes religieux dans les services publics reste régulièrement source de tensions politiques, juridiques et sociales.

Les partisans d’une neutralité stricte considèrent que les agents publics doivent afficher une neutralité visible. À l’inverse, leurs détracteurs estiment que la neutralité doit avant tout se mesurer dans l’exercice des fonctions et dans l’égalité de traitement des citoyens.

Le dossier Hadija se situe précisément au croisement de ces deux conceptions.

Une enseignante peut-elle être considérée comme neutre dans l’exercice de sa mission tout en portant un signe religieux ? Et, surtout, un éventuel manquement à une règle vestimentaire peut-il justifier une sanction aussi lourde lorsque les compétences professionnelles de l’intéressée ne sont pas mises en cause ?

Au-delà du foulard

Réduire cette affaire à une opposition entre défenseurs et adversaires du foulard serait trop simple.

Derrière le débat de principe, il y a une femme qui affirme avoir construit sa carrière dans l’enseignement et qui voit aujourd’hui cette trajectoire remise en cause.

La question qui demeure est donc celle de la juste mesure.

Une institution publique peut défendre la neutralité. Mais elle doit également veiller à ce que l’application de ce principe ne conduise pas à transformer un vêtement en critère supérieur aux compétences professionnelles.

Le cas d’Hadija pourrait ainsi devenir un nouveau point de départ pour un débat que la Belgique n’a jamais véritablement clos : celui de la frontière entre neutralité de l’État, liberté individuelle et égalité d’accès à l’emploi public.

Cette version est volontairement sobre et crédible, avec un angle défendant Hadija mais en laissant apparaître les arguments de la province et le rôle de la CGSP.

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