À Bruxelles, une mobilisation pour la libération d’Ibtissame « Betty » Lachgar
Bouchaib El Bazi
Le Prix international Mahsa Jina Amini remis à une militante marocaine détenue depuis août 2025
L’Hôtel de Ville de Bruxelles a accueilli ce mercredi 16 septembre une cérémonie placée sous le signe des libertés individuelles et de la liberté de conscience. Organisée par le Collectif Laïcité Yallah, en partenariat avec la Ligue du droit international des femmes (LDIF), la Maison de la Laïcité de Bruxelles Lucia de Brouckère et le Centre d’Action Laïque, la rencontre a été consacrée à la situation d’Ibtissame « Betty » Lachgar, militante féministe et laïque marocaine actuellement détenue au Maroc.
Le deuxième Prix international pour la liberté des femmes – Mahsa Jina Amini lui a été attribué par un jury composé d’une vingtaine de personnalités. La distinction porte le nom de Mahsa Jina Amini, jeune Iranienne dont la mort en 2022 après son arrestation par la police des mœurs iranienne avait déclenché un vaste mouvement de protestation autour de la condition des femmes et des libertés en Iran.
Une cérémonie transformée en appel à la liberté
Au-delà de la remise symbolique du prix, la rencontre bruxelloise s’est transformée en tribune pour demander la libération de Betty Lachgar. Plusieurs acteurs du monde associatif, juridique et militant étaient présents, ainsi que des défenseurs des droits des femmes et de la liberté de conscience.
Le message porté par les organisateurs s’articule autour de trois principes : liberté de conscience, liberté d’expression et égalité des droits. Le Collectif Laïcité Yallah et ses partenaires demandent également une prise en charge médicale urgente de la détenue ainsi qu’un débat sur les dispositions légales marocaines relatives à l’atteinte à la religion.
Une condamnation qui continue de susciter la controverse
Ibtissame Lachgar avait été arrêtée le 10 août 2025. Elle a ensuite été condamnée, le 3 septembre 2025, à 30 mois de prison ferme et à une amende de 50 000 dirhams, en application de l’article 267-5 du Code pénal marocain. La Cour d’appel de Rabat a confirmé la condamnation le 8 octobre 2025.
À l’origine de l’affaire se trouve la publication, sur les réseaux sociaux, d’une photographie prise à Londres sur laquelle Betty Lachgar porte un tee-shirt comportant la formule « Allah is lesbian ». La publication était accompagnée d’un texte critiquant notamment le rôle que la militante attribue aux religions dans la perpétuation de structures patriarcales.
Cette expression avait provoqué de fortes réactions au Maroc. Certains acteurs de la société civile ont défendu son droit à la liberté d’expression, tandis que d’autres, y compris dans les milieux progressistes, ont considéré la formule comme volontairement provocatrice. Cette divergence fait partie du débat public autour de l’affaire.
La question médicale au cœur de la mobilisation
Les soutiens de Betty Lachgar ont également placé sa santé au centre de leur mobilisation. Survivante d’un cancer des os et porteuse d’une prothèse au bras, elle souffrirait de complications importantes nécessitant, selon ses défenseurs, une intervention médicale urgente.
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a récemment exprimé son inquiétude concernant la dégradation de son état de santé et appelé à sa libération immédiate.
Une mobilisation internationale
La campagne en faveur de Betty Lachgar dépasse désormais le cadre marocain. Ses soutiens affirment qu’une pétition internationale a recueilli près de 400 000 signatures, chiffre également rapporté par plusieurs publications et relais de la campagne.
Pour les organisations mobilisées à Bruxelles, l’enjeu dépasse donc le seul cas individuel de Betty Lachgar. Elles présentent cette affaire comme un test concernant les limites de la liberté d’expression lorsqu’elle touche aux convictions religieuses, mais aussi concernant les droits des femmes, la liberté de conscience et la possibilité de critiquer une religion sans être poursuivi pénalement.
Bruxelles, symbole choisi pour porter le message
Le choix de l’Hôtel de Ville de Bruxelles n’est pas anodin pour les organisateurs. La capitale belge est présentée comme un lieu de dialogue politique, de défense des droits fondamentaux et de rencontre entre différentes sensibilités.
Depuis cette salle symbolique, les participants ont ainsi voulu transformer la remise d’un prix en appel international à la libération de Betty Lachgar, tout en rappelant que la défense de la liberté de conscience implique également la possibilité de débattre, de critiquer et de contester des idées ou des doctrines, dans le respect des personnes.
La mobilisation bruxelloise entend désormais maintenir la pression afin que le dossier de Betty Lachgar reste au centre de l’attention des organisations de défense des droits humains et des institutions internationales.