Police fédérale : un consultant maintenu sur un projet sensible malgré des propos racistes

Hanane El Fatihi

Screenshot

Un consultant externe travaillant depuis plusieurs années pour la Police fédérale est toujours affecté à un programme stratégique consacré à l’identification biométrique, malgré une série de publications en ligne à caractère raciste, négrophobe et violent. Les faits auraient été signalés à la Police fédérale plusieurs mois avant que la question de son maintien dans ses fonctions ne soit publiquement soulevée.

Le dossier soulève une question sensible au sein de la Police fédérale : celle de la compatibilité entre des propos publiquement tenus par un collaborateur externe et son intervention dans un programme technologique lié aux capacités d’identification de l’institution.

Selon les informations rapportées par Le Soir, le consultant, identifié sous les initiales A.C., intervient depuis plusieurs années pour la Police fédérale. Il exerce notamment des responsabilités dans le cadre du programme ABIS (Automated Biometric Identification System), destiné à moderniser les systèmes d’identification biométrique utilisés par les services fédéraux.

D’après son profil professionnel en ligne, A.C. participe au pilotage de la mise en œuvre du programme ainsi qu’à la coordination des équipes. Le projet comprend notamment l’évolution du système d’identification par empreintes digitales et, sous réserve des budgets disponibles, le développement de capacités de reconnaissance faciale à l’horizon 2029.

Des publications ouvertement racistes

Dans plusieurs publications, A.C. aurait utilisé des termes visant directement des personnes d’origine arabe ou africaine et les aurait assimilées à des animaux. Dans l’une d’elles, réagissant à une vidéo consacrée à un incident à Bruxelles, il écrit notamment : « Ils faisaient des bruits d’animaux » parce que « ce sont des animaux, des singes d’Afrique qu’il est temps de renvoyer là-bas ».

Dans un autre commentaire relatif à l’immigration, il appelle à tirer sur les personnes franchissant illégalement les frontières. D’autres publications contiennent des insultes visant des personnes issues de l’immigration ainsi que des propos particulièrement hostiles à l’égard des autorités et des policiers.

Ces publications seraient restées accessibles pendant plusieurs mois, y compris après leur signalement aux autorités.

La Police fédérale informée depuis plusieurs mois

Selon les informations recueillies par Akhbarona Aljalia, un citoyen aurait signalé les propos d’A.C. au SPF Intérieur avant de transmettre également le dossier à la Police fédérale. Une plainte aurait ensuite été déposée auprès d’un commissariat, suivie d’une autre auprès de l’Inspection générale de la Police fédérale.

La Police fédérale affirme appliquer une politique de « tolérance zéro » à l’égard du racisme, de la discrimination et de la xénophobie. Elle précise que les collaborateurs externes sont soumis aux mêmes exigences de comportement et de professionnalisme que les membres de son personnel.

L’institution indique également que les signalements reçus ont été « dûment réceptionnés, examinés et traités conformément aux procédures internes en vigueur ».

Le paradoxe d’un projet lié à la biométrie

Le maintien du consultant dans ses fonctions intervient dans un contexte particulièrement sensible. ABIS concerne directement des technologies d’identification biométrique dont l’utilisation touche à des questions de sécurité, de traitement des données personnelles et de libertés fondamentales.

La reconnaissance faciale fait notamment l’objet de débats importants en raison des risques de biais et de discrimination pouvant affecter certaines catégories de population. Dans ce contexte, les propos publiquement attribués au consultant interrogent sur les mécanismes de contrôle appliqués aux personnes participant à la conception ou à la mise en œuvre de tels dispositifs.

La Police fédérale rappelle toutefois que ses consultants externes font l’objet d’un screening préalable destiné à vérifier leur fiabilité et leurs antécédents. Ce processus est encadré par la législation belge sur les vérifications de sécurité.

Un échange avec la hiérarchie, sans changement de fonction

Toujours selon nos sources , A.C. aurait eu un échange avec sa hiérarchie au sujet de ses publications peu avant les vacances d’été. Malgré cette intervention, il aurait conservé ses responsabilités au sein du programme.

La Police fédérale ne souhaite pas commenter publiquement le cas individuel du consultant. Elle rappelle néanmoins que ses collaborateurs, y compris externes, sont soumis à des exigences de professionnalisme et de comportement.

A.C., de son côté, n’aurait pas souhaité répondre aux questions qui lui étaient adressées concernant ses publications et leur compatibilité avec sa mission auprès de la Police fédérale.

Une question d’intégrité institutionnelle

Au-delà du cas individuel, l’affaire pose une question plus large : jusqu’où une institution chargée de garantir la sécurité publique peut-elle tolérer, chez un collaborateur intervenant sur un projet sensible, des prises de position publiques susceptibles d’être perçues comme incompatibles avec les principes d’égalité et de non-discrimination ?

La Police fédérale affirme officiellement faire de la diversité et de l’intégrité des valeurs centrales de son fonctionnement. Son plan national de sécurité met notamment l’accent sur une organisation policière « sûre, diverse et intègre ».

Dans ce contexte, le maintien d’A.C. sur un programme stratégique comme ABIS laisse ouverte la question de savoir si les procédures internes ont été appliquées jusqu’à leur terme et si les éléments signalés ont été jugés compatibles avec la poursuite de sa mission.

Les éventuelles suites judiciaires ou administratives devront, elles, être distinguées des propos eux-mêmes : à ce stade, les éléments disponibles font état de signalements et de plaintes, mais ne permettent pas de conclure à une quelconque condamnation judiciaire de l’intéressé.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.