Budget bruxellois : Ahmed Laaouej mise sur le social au cœur de la cure budgétaire

Bouchaib El Bazi

Screenshot

Alors que le gouvernement bruxellois s’engage sur une trajectoire de retour à l’équilibre à l’horizon 2029, Ahmed Laaouej entend préserver les politiques sociales et renforcer les moyens destinés aux communes, aux CPAS et aux dispositifs de prévention. Une équation délicate pour le ministre de l’Action sociale, dans une Région confrontée à une pression budgétaire persistante.

Le gouvernement bruxellois a finalement trouvé un accord sur le budget régional 2027. Derrière les chiffres et les annonces de réduction du déficit, l’un des enjeux politiques majeurs se situe dans la capacité de l’exécutif à maintenir les politiques sociales alors que les finances régionales restent sous tension.

C’est précisément sur ce terrain qu’Ahmed Laaouej, ministre de l’Action sociale, entend marquer sa différence. Le socialiste s’est félicité de la réintroduction, pour la première fois depuis 2024, d’une norme de croissance dans le secteur social-santé, permettant, selon lui, de dégager 5 millions d’euros pour financer de nouvelles initiatives.

Pour Laaouej, cette enveloppe constitue davantage qu’une ligne budgétaire. Elle traduit la volonté de maintenir une capacité d’intervention publique alors que le gouvernement bruxellois s’est engagé dans une trajectoire de réduction progressive du déficit.

Le social comme ligne rouge

Le déficit régional, qui atteignait environ 1,6 milliard d’euros en 2025, doit être ramené à 719 millions en 2027, avant de passer à 416 millions en 2028 et d’atteindre l’équilibre en 2029.

Cette trajectoire impose des choix. Le gouvernement affirme vouloir concentrer l’effort sur le fonctionnement de l’administration publique, avec notamment le maintien du moratoire sur les engagements dans la fonction publique régionale et la poursuite de la réforme administrative.

Dans ce contexte, Ahmed Laaouej revendique avoir obtenu plusieurs avancées pour les politiques sociales. 15 millions d’euros supplémentaires seront consacrés aux communes et aux CPAS, alors que ces structures constituent l’un des principaux amortisseurs de la précarité dans la capitale.

Le ministre met également en avant les 6,3 millions d’euros destinés à pérenniser le financement des dispositifs de prévention des assuétudes portés par l’ASBL Transit, ainsi que 5 millions d’euros supplémentaires pour lutter contre le décrochage scolaire, à travers les dispositifs développés par les 19 communes et le secteur associatif.

Ces choix donnent au budget une dimension sociale que l’exécutif régional entend préserver malgré la discipline financière.

Un compromis politique pour le Parti socialiste

Pour Ahmed Laaouej, l’enjeu est également politique. Le ministre doit démontrer que la participation socialiste à l’exécutif bruxellois permet de préserver des mécanismes de solidarité tout en acceptant le principe d’une consolidation budgétaire.

L’équilibre est délicat : réduire les dépenses sans fragiliser davantage les services publics et les publics les plus vulnérables constitue l’un des principaux défis de la législature.

La question est d’autant plus sensible que la pression financière pèse également sur les autres politiques régionales. Dans le logement, 104 millions d’euros sont prévus pour permettre à Citydev.brussels de construire et vendre plus de 1.000 logements, tandis que les moyens liés à la recapitalisation de la SLRB doivent également être libérés.

Sur le front de la mobilité, le gouvernement a choisi une approche plus prudente. Les tarifs de la STIB ne connaîtront pas d’augmentation spécifique : seule l’indexation liée à l’inflation sera appliquée. Une décision politiquement significative dans une Région où le coût des déplacements constitue une préoccupation importante pour de nombreux ménages.

Une réforme fiscale qui accompagne l’assainissement

L’accord prévoit également une réforme de la taxe de circulation. À partir du second semestre 2027, les petites citadines ainsi que les véhicules à zéro émission seront exemptés de la taxe annuelle, tandis que les véhicules plus grands et plus lourds seront davantage mis à contribution.

Le gouvernement cherche ainsi à combiner assainissement budgétaire et orientation environnementale de la fiscalité automobile.

La stratégie générale reste toutefois inchangée : réduire progressivement le déficit sans provoquer de choc social ou économique. Le gouvernement estime qu’un quart de l’effort budgétaire prévu pour la législature a déjà été réalisé.

La bataille des prochaines années

Pour Ahmed Laaouej, le véritable test ne se situe cependant pas uniquement dans l’adoption du budget 2027. Il résidera dans la capacité de la Région à financer durablement les politiques sociales alors que la trajectoire budgétaire prévoit encore deux années d’efforts avant le retour à l’équilibre.

Le ministre peut d’ores et déjà mettre en avant des moyens supplémentaires pour les CPAS, la prévention des assuétudes, le décrochage scolaire et le secteur social-santé.

Mais ces avancées devront désormais être confrontées à une réalité budgétaire plus contraignante.

L’accord bruxellois dessine ainsi une équation politique claire : réduire le déficit sans réduire la protection sociale. Ahmed Laaouej devra transformer cette promesse en résultats concrets, dans une Région où les besoins sociaux augmentent précisément au moment où les marges financières se réduisent.

C’est probablement là que se jouera une partie de la crédibilité du ministre socialiste au sein du nouvel exécutif bruxellois.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.