La commune de Saint-Josse-ten-Noode fait face à une situation financière préoccupante. Alors que la procédure de tutelle régionale se poursuit, une nouvelle version des comptes de 2024 fait apparaître un écart de 700.000 euros par rapport aux chiffres précédemment présentés. Le déficit cumulé sur deux exercices approcherait les 25 millions d’euros.
Les finances de Saint-Josse-ten-Noode continuent de susciter des interrogations. La prochaine séance du conseil communal doit permettre d’examiner une nouvelle version des comptes de 2024, ainsi que ceux de 2025, dans un contexte marqué par les désaccords entre l’administration communale et l’autorité de tutelle régionale.
Le dossier est d’autant plus sensible que les précédents comptes de 2024 n’avaient pas été approuvés par la tutelle. La commune avait contesté cette décision devant le Conseil d’État, une procédure qui reste en cours. Dans l’intervalle, les corrections apportées aux documents comptables ont modifié le montant du déficit déclaré pour l’exercice concerné.
Un écart de 700.000 euros entre deux versions
La nouvelle mouture des comptes de 2024 fait apparaître un déficit proche de 12 millions d’euros, contre environ 11,2 millions dans la version précédente. Cette différence de quelque 700.000 euros intervient alors que la commune doit encore présenter une situation financière suffisamment stabilisée pour permettre l’adoption de son budget 2026.
Selon les chiffres évoqués dans le dossier, le déficit pour 2025 approcherait également les 14 millions d’euros. Sur les deux exercices, le déficit cumulé atteindrait ainsi près de 25 millions d’euros, pour des recettes annuelles communales avoisinant les 110 millions.
Ces montants soulèvent des questions sur la fiabilité des prévisions budgétaires, le traitement des créances et la capacité de la commune à rétablir ses équilibres financiers. Ils interviennent également dans un contexte de tensions sur la trésorerie : la dette à court terme aurait atteint 70 millions d’euros en 2025.
Les créances irrécouvrables au cœur du différend
Le bourgmestre Emir Kir défend la nouvelle présentation des comptes en invoquant notamment le retrait d’environ 13 millions d’euros de recettes considérées comme irrécouvrables sur deux ans. Il s’agit de montants initialement inscrits dans les prévisions, mais qui n’auraient finalement pas été perçus.
Selon le bourgmestre, certaines de ces recettes figuraient dans les comptes depuis les années 1990 ou 2000. Il estime que leur retrait contribue à expliquer l’augmentation du déficit et souligne que la commune n’avait, selon lui, jamais fait l’objet de remarques antérieures de la tutelle sur ce point.
Cette explication ne clôt toutefois pas le débat. La question demeure de savoir pourquoi les deux versions des comptes de 2024 présentent des résultats différents et si les corrections effectuées répondent pleinement aux observations formulées par l’autorité régionale.
Pour Philippe Boiketé (PS), les ajustements demandés par la tutelle, notamment en ce qui concerne les créances douteuses, n’auraient pas été entièrement réalisés. Il considère dès lors que le risque d’une nouvelle annulation des comptes reste important.
L’opposition réclame un changement de stratégie
Au sein du conseil communal, l’attitude de la majorité à l’égard de la tutelle fait également débat. Ahmed Mouhssin (Ecolo), conseiller communal de l’opposition, appelle Emir Kir à revoir sa stratégie et à mettre fin à la procédure engagée devant le Conseil d’État.
À ses yeux, le maintien du contentieux ne règle ni les difficultés budgétaires ni les problèmes de trésorerie. Il estime que les conséquences dépassent le cadre des relations institutionnelles, notamment lorsque les tensions financières affectent les versements destinés à la zone de police et au Centre public d’action sociale (CPAS).
Les éventuels retards dans ces dotations peuvent en effet compliquer le fonctionnement des services locaux et fragiliser leur capacité à répondre aux besoins de la population. L’ampleur réelle de ces conséquences doit néanmoins être appréciée à partir des données financières et administratives disponibles.
Une procédure judiciaire toujours en cours
Emir Kir n’entend pas renoncer au recours introduit devant le Conseil d’État. Il conteste l’annulation de la première version des comptes, affirmant que la commune avait répondu aux demandes de la tutelle. Il estime par ailleurs que rien ne garantit que les nouveaux documents seront acceptés et maintient donc sa démarche judiciaire.
Cette position laisse Saint-Josse dans une situation d’incertitude, alors que l’examen des comptes et la préparation du budget 2026 exigent une visibilité accrue sur les finances communales.
Au-delà du désaccord entre le bourgmestre et la tutelle régionale, deux questions restent centrales : les comptes révisés permettront-ils de répondre aux exigences de contrôle et la commune dispose-t-elle d’une trajectoire crédible pour réduire son déficit et maîtriser sa trésorerie ?
Les prochaines décisions de la tutelle, ainsi que les éléments qui seront présentés au conseil communal, devront apporter des réponses. En attendant, l’enjeu dépasse la seule validation comptable : il concerne la capacité de Saint-Josse à préserver la continuité de ses services publics tout en rétablissant une gestion financière soutenable.