Quartier Nord : à Schaerbeek et Saint-Josse, les habitants disent ne plus reconnaître leur quartier
Bouchaib El Bazi
Drogue, incivilités, violences et déchets rythment le quotidien de certains riverains. Face à une situation qu’ils jugent de plus en plus préoccupante, les autorités communales ont renforcé les mesures de sécurité, tandis que les habitants réclament désormais des résultats concrets.
Dans le quartier Nord, à cheval sur Schaerbeek et Saint-Josse-ten-Noode, le sentiment d’insécurité s’est durablement installé dans le quotidien de nombreux riverains. Autour des rues Dupont, des Plantes, Linné ou encore de la rue Verte, les témoignages recueillis sur place décrivent un environnement marqué par la consommation et le trafic de stupéfiants, les rassemblements nocturnes, les déchets abandonnés dans l’espace public et des épisodes réguliers de violence.
Pour certains habitants, le problème ne relève plus d’incidents isolés, mais d’une dégradation progressive du cadre de vie.
« Il y a des drogués partout », résume Ivan, habitant du quartier depuis plusieurs années. Il explique avoir vu la situation se détériorer au fil du temps, au point de ne plus se sentir suffisamment en sécurité pour laisser ses enfants circuler librement dans le quartier.
« On ne peut plus vivre normalement »
Les riverains décrivent notamment des groupes qui occupent certains espaces jusque tard dans la nuit, des altercations et une consommation de drogues visible dans la rue.
Ahmed, commerçant installé dans le quartier depuis plusieurs décennies, dit ne jamais avoir connu une situation comparable. Selon lui, la présence de consommateurs de stupéfiants ne constitue pas nécessairement le principal problème : ce sont surtout les comportements violents et les nuisances qui alimentent l’inquiétude.
« On ne peut pas dormir. Il n’y a pas de sécurité », témoigne-t-il, évoquant également des odeurs de cannabis, des cris et des bagarres à proximité de son commerce.
À ces difficultés s’ajoute un problème récurrent de propreté. Déchets ménagers, emballages, bouteilles et autres détritus s’accumulent régulièrement sur les trottoirs. Certains commerçants affirment être contraints de nettoyer eux-mêmes les abords de leurs établissements.
Pour les habitants, cette dégradation de l’espace public nourrit un cercle vicieux : lorsque les rues donnent l’impression d’être abandonnées, le sentiment d’impunité progresse et les incivilités deviennent plus visibles.
Des violences qui inquiètent les riverains
Les témoignages font également état de rixes fréquentes. Certains habitants disent avoir été directement confrontés à des situations de violence.
Une riveraine affirme ainsi avoir été attaquée avec une bouteille. D’autres évoquent des couteaux ou des affrontements entre groupes.
Le problème est d’autant plus sensible que les habitants disent avoir parfois le sentiment que leurs signalements ne débouchent pas sur une réponse suffisamment rapide.
« On le signale à la police et ils nous disent qu’ils ne savent rien faire », rapporte l’un des témoignages recueillis dans le quartier.
Cette perception de l’impuissance des autorités alimente la frustration des riverains, qui demandent davantage de présence policière, mais aussi une réponse durable au trafic de stupéfiants.
Les communes misent sur les restrictions nocturnes
Face à la dégradation de la situation, Schaerbeek et Saint-Josse ont adopté, à partir du 1er avril 2026, des mesures exceptionnelles dans le quartier Nord. Tous les établissements accessibles au public concernés devaient fermer entre 1 heure et 6 heures du matin. Le dispositif s’inscrivait dans la stratégie de lutte contre le trafic de drogues et les nuisances nocturnes.
La mesure a depuis été prolongée. À Schaerbeek, le dispositif a notamment été assoupli durant certaines nuits de week-end, tandis que les autorités affirment avoir constaté une diminution des faits de violence les plus graves et de la pression criminelle durant la période concernée.
Les autorités communales défendent donc une approche combinant restrictions horaires, présence policière et actions de prévention. Mais sur le terrain, les avis demeurent partagés.
Une accalmie qui ne suffit pas à convaincre tout le monde
Le bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir, reconnaît que tout n’est pas réglé. Selon lui, les mesures auraient toutefois produit des effets sur les nuisances nocturnes, notamment après leur mise en œuvre dans le cadre du dispositif commun aux deux communes.
Cette amélioration relative ne suffit cependant pas à rassurer l’ensemble des habitants. Certains estiment que les problèmes se déplacent simplement d’une rue à l’autre ou réapparaissent en dehors des horaires couverts par les restrictions.
La question dépasse ainsi celle des horaires d’ouverture des commerces. Elle renvoie à un problème plus large : celui de la présence durable de réseaux de trafic, de la précarité, de l’occupation de l’espace public et de la capacité des services de police et de justice à assurer un suivi efficace.
La sécurité ne peut pas se limiter à fermer les portes
La fermeture nocturne constitue une réponse immédiate, mais elle ne saurait, à elle seule, résoudre les causes profondes de l’insécurité.
Les habitants attendent davantage de contrôles ciblés contre les trafiquants, une présence policière visible, une politique de propreté plus efficace et un suivi judiciaire des faits signalés.
Car derrière les statistiques et les décisions administratives se trouve une réalité beaucoup plus concrète : celle de personnes qui souhaitent simplement pouvoir rentrer chez elles, ouvrir leur commerce ou laisser leurs enfants circuler dans leur quartier sans appréhension.
Le défi des autorités est désormais de transformer les premières améliorations annoncées en résultats durables. Dans le quartier Nord, la question n’est plus seulement de savoir comment faire baisser les nuisances pendant quelques heures de la nuit, mais comment redonner, sur le long terme, aux habitants le sentiment que l’espace public leur appartient à nouveau.