De Bruxelles à Anvers, puis Liège : quand les salles changent mais que le public reste le même

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Il existe des tournées artistiques, des tournées politiques, des tournées diplomatiques. Désormais, la Belgique semble avoir découvert une nouvelle catégorie : la tournée associative permanente.

Depuis plusieurs mois, l’association « Les Amis du Maroc » multiplie les rencontres à travers le royaume. Bruxelles, Anvers, Liège, puis retour vers une autre ville. Sur le papier, l’initiative paraît louable : aller à la rencontre des Marocains du monde, débattre des grands enjeux nationaux et renforcer le lien entre la diaspora et son pays d’origine. Mais à observer de plus près ces rassemblements, une étrange impression s’installe.

Les villes changent. Les affiches changent. Les salles changent. Pourtant, les visages semblent étrangement familiers. Les mêmes participants se retrouvent d’une ville à l’autre, les mêmes intervenants occupent la tribune, les mêmes discours sont prononcés et les mêmes photographies circulent ensuite sur les réseaux sociaux avec une régularité presque scientifique.

À tel point que certains observateurs finissent par se demander si l’objectif consiste réellement à élargir le dialogue avec la communauté marocaine de Belgique ou simplement à déplacer un cercle fermé d’une province à l’autre.

Dans les théories modernes de la communication politique, la répétition d’un message est un outil classique d’influence. Cependant, répéter le même discours devant les mêmes personnes ne constitue pas nécessairement une stratégie d’élargissement de l’audience. Cela peut même produire l’effet inverse : donner l’impression d’un entre-soi soigneusement entretenu.

La question mérite d’être posée.

Ces rencontres sont-elles destinées à porter les préoccupations des Marocains résidant à l’étranger ? Servent-elles à défendre la première cause nationale du Maroc auprès de publics nouveaux ? Contribuent-elles à renforcer le rayonnement de la diaspora marocaine en Belgique ?

Ou poursuivent-elles un objectif plus difficile à identifier pour l’observateur extérieur ? L’absence de réponses claires nourrit naturellement les interrogations.

Un autre sujet revient régulièrement dans les conversations : celui des moyens financiers mobilisés pour organiser cette succession d’événements. Les locations de salles, les déplacements, la communication et la logistique représentent nécessairement un coût.

Dans toute démocratie mature, s’interroger sur l’origine des financements d’une association n’a rien d’une accusation. Il s’agit d’une exigence normale de transparence. Plus les informations sont accessibles, plus la confiance est forte. À l’inverse, lorsque les explications se font rares, les spéculations prospèrent.

Or, dans le cas présent, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les mécanismes de financement de cette activité particulièrement intense, d’autant plus que certains responsables associés à cette gestion arrivent au terme de leur mandat ou de leurs fonctions.

Le paradoxe est frappant.

Pendant que les participants enchaînent les rencontres à Bruxelles, Anvers ou Liège, peu semblent s’interroger publiquement sur l’utilité réelle de ces rassemblements répétitifs. Combien de recommandations ont été produites ? Quels projets concrets ont vu le jour ? Quels bénéfices tangibles la communauté marocaine de Belgique en a-t-elle retirés ?

Une association n’est pas évaluée au nombre de photos publiées ni au nombre de kilomètres parcourus entre deux villes. Elle se mesure à sa capacité à créer de la valeur, à produire des résultats et à renouveler son audience.

Or, lorsque les mêmes visages assistent aux mêmes conférences pour entendre les mêmes discours dans des villes différentes, une question finit inévitablement par s’imposer : assiste-t-on à une dynamique associative en pleine expansion ou à un exercice de mise en scène destiné à donner l’apparence du mouvement ?

Car au fond, la véritable force d’une organisation ne réside pas dans sa capacité à remplir une salle avec ses habitués, mais dans son aptitude à convaincre ceux qui n’y sont jamais venus.

Et c’est précisément là que commence le véritable débat.

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