Criminalité organisée : la DZ Mafia sous pression, une nouvelle génération cherche à s’imposer en Belgique

Rime Medaghri

Bruxelles — L’arrestation en Algérie de Mehdi Laribi, présenté comme l’un des dirigeants historiques de la DZ Mafia marseillaise, intervient dans un contexte de recomposition des réseaux criminels opérant autour du trafic de stupéfiants. Si le coup porté à cette organisation affaiblit une partie de son ancienne structure, il ne signifie pas pour autant la disparition de ses relais. Au contraire, les éléments disponibles laissent apparaître une criminalité plus fragmentée, plus mobile et potentiellement plus difficile à contenir.

Interpellé en juillet en Algérie en exécution d’un mandat d’arrêt français, Mehdi Laribi est considéré comme une figure importante du réseau marseillais. Celui-ci, longtemps associé au trafic de stupéfiants dans les quartiers nord de Marseille, aurait progressivement étendu ses ramifications au-delà de son territoire d’origine, notamment vers plusieurs villes françaises et la Belgique.

Cette arrestation constitue un nouveau revers pour une organisation déjà fragilisée par une vaste opération policière menée en France au mois de mars. Mais la pression exercée sur les dirigeants historiques semble également accélérer une évolution désormais observée par les services de sécurité : l’émergence d’une nouvelle génération de groupes criminels, moins structurés autour d’une hiérarchie traditionnelle et davantage disposés à recourir à la violence pour conquérir des territoires.

Une succession qui se joue sur fond de rivalités

Dans ce contexte, l’apparition d’une faction désignée sous le nom de DZNG — DZ Nouvelle Génération illustre cette recomposition. Le groupe chercherait à prendre ses distances avec les anciens cadres de la DZ Mafia et à s’imposer sur certains points de deal historiquement contrôlés par les réseaux marseillais.

Cette évolution ne relève pas seulement d’une question de succession interne. Elle traduit une transformation plus profonde du fonctionnement de la criminalité organisée. L’affaiblissement d’un réseau centralisé peut provoquer une multiplication de groupes concurrents, chacun cherchant à récupérer les marchés, les territoires et les circuits logistiques laissés vacants.

Le risque est alors de voir se substituer à une organisation identifiable une constellation de petites structures, plus autonomes et parfois plus imprévisibles.

La Belgique, un territoire particulièrement surveillé

Cette recomposition dépasse largement le cadre français. En Belgique, plusieurs indices ont conduit les autorités à s’intéresser de près aux éventuels liens entre les réseaux marseillais et certaines structures criminelles implantées à Bruxelles.

Le quartier du Peterbos, à Anderlecht, apparaît notamment comme l’un des points d’ancrage identifiés dans cette nouvelle cartographie criminelle. Selon les informations rapportées dans le document consulté, les liens entre la DZ Mafia et le réseau actif à Peterbos auraient été confirmés par le parquet de Bruxelles.

La prudence reste toutefois de mise : l’existence de connexions entre réseaux ne signifie pas nécessairement l’existence d’une organisation unique et centralisée. Les groupes criminels contemporains fonctionnent souvent selon des alliances ponctuelles, des partenariats commerciaux clandestins et des relations fondées davantage sur l’intérêt que sur une appartenance permanente.

Des violences qui témoignent d’une concurrence accrue

Plusieurs faits récents illustrent la tension qui accompagne cette lutte pour le contrôle des marchés de stupéfiants.

À Alès, le maire a fait l’objet de menaces après avoir reçu un courrier contenant deux balles de calibre 9 mm et portant une signature attribuée à un groupe criminel. L’élu, engagé dans une politique de lutte contre le trafic de drogue, a dû être exfiltré de son domicile dans la nuit du 20 au 21 juillet.

À Carcassonne, une fusillade visant un point de deal, dans la nuit du 16 au 17 juillet, aurait fait un mort et quatre blessés. Ces épisodes rappellent que la criminalité liée aux stupéfiants ne se limite plus aux règlements de comptes entre individus : elle peut désormais exercer une pression directe sur les acteurs publics et contribuer à installer un climat d’intimidation dans certains territoires.

Le défi pour les autorités belges

En Belgique, le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin souligne que les groupes criminels susceptibles d’avoir un impact sur le territoire national font l’objet d’une surveillance étroite. Selon les chiffres cités dans le document, plus de 7 300 personnes auraient été arrêtées depuis la mise en œuvre du plan « Grandes Villes », signe de l’ampleur des moyens mobilisés contre le narcotrafic.

Mais la seule multiplication des interpellations ne saurait constituer une réponse durable. La difficulté consiste désormais à démanteler les infrastructures financières, logistiques et humaines qui permettent aux réseaux de se reconstituer après l’arrestation de leurs dirigeants.

La situation de la DZ Mafia en offre une illustration particulièrement significative. La chute d’un chef historique peut désorganiser un réseau, mais elle peut également créer un vide rapidement exploité par des groupes concurrents.

Une criminalité en pleine mutation

L’enjeu sécuritaire auquel sont confrontées la France et la Belgique dépasse donc la seule question de la DZ Mafia. Il concerne l’évolution générale d’une économie criminelle devenue transnationale, capable de s’adapter rapidement aux opérations policières et de déplacer ses activités d’un territoire à l’autre.

L’affaiblissement des anciennes structures ne doit dès lors pas être interprété comme la fin du phénomène. Il pourrait, au contraire, annoncer une phase plus instable, marquée par la fragmentation des réseaux, la concurrence entre nouvelles factions et une violence davantage décentralisée.

Pour les autorités belges comme françaises, le véritable défi consiste désormais à empêcher que le recul des anciennes organisations ne soit suivi par l’installation de nouveaux acteurs. Car dans l’économie souterraine du narcotrafic, lorsqu’un réseau tombe, le marché, lui, ne disparaît pas : il attire immédiatement de nouveaux prétendants.

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