La Flandre ferme le robinet aux imams étrangers : zéro autorisation de travail en 2026

Bouchaib El Bazi

En Flandre, l’accès au marché du travail pour les imams venus de l’étranger connaît un net durcissement. Derrière cette évolution administrative se dessine une volonté politique plus large : réduire l’influence des États étrangers sur le fonctionnement des lieux de culte et renforcer l’autonomie des communautés religieuses établies en Belgique.

La politique flamande à l’égard des imams étrangers franchit un nouveau cap. Selon nos sources , aucune autorisation de travail n’a été accordée en 2026 à un imam étranger, a indiqué la ministre flamande du Travail et de la Justice, Zuhal Demir (N-VA).

Le contraste avec les années précédentes est particulièrement marqué. En 2023, treize autorisations avaient été délivrées à des membres de la communauté islamique. Leur nombre était tombé à deux en 2025. En 2026, le compteur demeure, à ce stade, à zéro.

Pour Zuhal Demir, cette évolution traduit l’efficacité d’une politique assumée de sélection plus stricte de la main-d’œuvre étrangère. Mais la question dépasse largement le seul cadre de l’immigration professionnelle. Elle touche directement au rapport entre religion, intégration et souveraineté.

Le facteur turc au cœur des préoccupations

Parmi les ministres du culte concernés, les imams envoyés depuis la Turquie occupent une place particulière dans le débat flamand. Depuis plusieurs années, la présence de personnels religieux soutenus ou rémunérés par des acteurs étrangers suscite des interrogations en Belgique, notamment sur la capacité des communautés religieuses à développer une organisation indépendante des influences extérieures.

La question n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans un débat européen plus vaste sur le financement des lieux de culte, la formation des responsables religieux et la possibilité pour des États étrangers d’exercer une influence politique ou sociale par l’intermédiaire d’institutions religieuses.

Pour les autorités flamandes, l’objectif affiché est donc moins de remettre en cause la liberté religieuse que de limiter les dépendances institutionnelles susceptibles de fragiliser le processus d’intégration.

De la politique migratoire à la politique d’intégration

Le changement de doctrine révèle également une évolution de la conception flamande de l’intégration. La présence durable d’un responsable religieux dans une communauté locale ne peut plus, aux yeux des autorités, être dissociée de sa capacité à comprendre le contexte belge, les institutions du pays et les réalités sociales dans lesquelles vivent les fidèles.

Cette approche soulève néanmoins une question fondamentale : jusqu’où une politique de contrôle administratif peut-elle aller sans empiéter sur la liberté de religion et l’autonomie des communautés confessionnelles ?

La frontière est délicate. Un État démocratique peut légitimement contrôler les conditions d’accès à son marché du travail et exiger le respect de ses règles. Il doit toutefois veiller à ce que ces instruments ne deviennent pas, directement ou indirectement, des mécanismes de discrimination fondée sur l’appartenance religieuse.

Le défi de la formation des imams en Belgique

La réduction progressive du recours aux ministres du culte venus de l’étranger pose surtout la question de l’alternative. Si la Flandre souhaite limiter durablement l’arrivée d’imams envoyés par des États étrangers, elle devra également contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de responsables religieux formés dans le contexte belge.

Cette évolution pourrait favoriser la professionnalisation des cadres religieux, leur connaissance du droit belge, des langues nationales et des réalités sociales locales. Elle pourrait également permettre aux communautés musulmanes de réduire leur dépendance à l’égard de structures situées à l’étranger.

Mais une telle transformation ne se décrète pas uniquement par des restrictions administratives. Elle suppose des investissements dans la formation, un dialogue avec les organisations musulmanes et la mise en place de mécanismes transparents permettant aux responsables religieux de construire leur légitimité en Belgique.

Une politique qui appelle à la vigilance

Le durcissement flamand constitue ainsi un tournant significatif. Il traduit la volonté des autorités de reprendre la maîtrise d’un dossier situé au croisement de l’immigration, de la sécurité, de l’intégration et de la liberté religieuse.

Pour autant, l’efficacité d’une telle politique ne se mesurera pas uniquement au nombre d’autorisations de travail refusées. Elle dépendra surtout de la capacité des pouvoirs publics à proposer un modèle crédible dans lequel les communautés religieuses peuvent fonctionner de manière autonome, transparente et pleinement inscrite dans la société belge.

La fermeture du « robinet » des imams étrangers peut donc constituer un instrument de politique publique. Elle ne saurait, à elle seule, résoudre la question de l’influence étrangère dans les mosquées. Sans politique ambitieuse de formation et d’accompagnement des cadres religieux en Belgique, le risque serait de remplacer une dépendance extérieure par un vide institutionnel.

Le véritable enjeu n’est finalement pas de savoir combien d’imams étrangers pourront encore entrer en Flandre. Il est de déterminer comment la Belgique peut garantir à la fois son autonomie institutionnelle, la liberté de religion et l’intégration pleine et entière de ses communautés musulmanes.

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