Camps de rééducation : quand Théo Francken devrait commencer par s’inscrire lui-même

Bouchaib El Bazi

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Parfois, la politique flamande ressemble à une émission de téléréalité où l’indignation morale est distribuée avec la générosité d’un prospectus électoral en période de campagne. Cette semaine, c’est Radouan Chahid qui a choisi de répondre, sur les réseaux sociaux, aux propositions controversées de Théo Francken concernant des camps militaires de rééducation destinés aux jeunes délinquants.

L’idée, selon ses défenseurs, serait simple : discipline, ordre, cadre. En théorie, le programme pourrait séduire ceux qui considèrent que la solution à tous les problèmes sociaux se trouve quelque part entre un sifflet militaire et une série de pompes à six heures du matin.

Mais la réaction de Radouan Chahid a rappelé une règle fondamentale de la vie publique : avant de distribuer des leçons de civisme, encore faut-il s’assurer que son propre manuel d’instruction est complet.

À ce titre, le premier module du programme pourrait être particulièrement utile :

Leçon n°1 : le respect de l’espace public commence par des gestes simples.

Car la morale politique moderne souffre souvent d’un étrange paradoxe. Certains responsables souhaitent rééduquer toute une partie de la société tout en oubliant que l’exemplarité n’est pas un accessoire de communication, mais une exigence attachée à la fonction publique.

Le fantasme du « camp de rééducation » traduit d’ailleurs une vieille tentation politique : croire que les problèmes complexes peuvent être résolus à coups d’autorité spectaculaire. Comme si les fractures sociales, l’échec scolaire ou la marginalisation de certains jeunes relevaient uniquement d’un déficit de discipline.

À ce rythme, il faudrait bientôt créer des centres spécialisés pour chaque catégorie de responsables publics : un camp pour apprendre la retenue verbale, un autre pour maîtriser l’art de la nuance, et pourquoi pas un séminaire intensif consacré à l’humilité politique.

La politique gagnerait probablement à remplacer les fantasmes de rééducation collective par une pratique plus exigeante de l’introspection individuelle. Car il est toujours plus facile de désigner ceux qu’il faudrait corriger que d’accepter que les représentants publics soient eux-mêmes soumis aux standards qu’ils imposent aux citoyens.

En définitive, avant d’imaginer envoyer les autres au garde-à-vous, certains responsables politiques pourraient utilement méditer une vérité élémentaire : l’autorité commence par l’exemple.

Et, parfois, la première leçon de civisme consiste simplement à respecter l’espace public que l’on prétend défendre.

 

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