Assises d’Anvers : la perpétuité pour Amine El Bouzaydy, ou les limites de la réinsertion face à la violence extrême
Par Bouchaib El Bazi
La cour d’assises d’Anvers a prononcé, ce jeudi, une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre d’Amine El Bouzaydy, reconnu coupable du meurtre de Cafer Cardak, un habitant de Berchem âgé de 52 ans, tué lors d’un cambriolage en avril 2023. Au-delà du verdict lui-même, cette affaire soulève une série de questions fondamentales sur la criminalité violente, la récidive et les capacités des systèmes judiciaires européens à concilier réinsertion et protection de la société.
Un crime d’une rare brutalité
Les faits remontent au 2 avril 2023. Ce matin-là, Cafer Cardak surprend un intrus dans son appartement situé dans le district anversois de Berchem. Selon les conclusions retenues par les jurés, l’accusé, pris en flagrant délit de vol, choisit alors l’escalade de la violence plutôt que la fuite.
La victime reçoit neuf coups de couteau, plusieurs ayant atteint des organes vitaux. Les experts judiciaires ont établi que l’intention homicide ne faisait aucun doute. Pour la cour, le meurtre a été commis dans le but de faciliter le vol et d’assurer la fuite de son auteur, circonstance aggravante particulièrement lourde dans le droit pénal belge.
La violence déployée pour préserver un butin qualifié de « maigre » par les magistrats a profondément marqué les débats. La famille de la victime a, tout au long du procès, rappelé les conséquences irréversibles de ce drame humain.
Une personnalité jugée à haut risque
L’un des éléments centraux des audiences a concerné l’évaluation psychiatrique de l’accusé. Les experts ont décrit une personnalité présentant des traits antisociaux et narcissiques, caractérisée par un mépris des règles sociales, une faible empathie et une tendance à l’agressivité.
Selon les conclusions exposées devant la cour, la dépendance chronique aux stupéfiants et aux médicaments constitue un facteur aggravant dans l’analyse du risque de récidive. Les spécialistes ont également souligné l’absence de réseau social structurant ainsi que l’absence d’activité professionnelle ou personnelle susceptible de favoriser une stabilisation future.
Dans sa motivation, le collège composé des magistrats et du jury a estimé que le pronostic de réinsertion demeurait particulièrement défavorable à ce stade.
Entre responsabilité individuelle et parcours de vie
La défense avait tenté de mettre en avant l’histoire personnelle d’Amine El Bouzaydy. Ses avocats ont notamment évoqué une enfance marquée par la découverte, à l’âge de seize ans, de sa naissance hors mariage, élément qui aurait constitué un traumatisme durable.
La cour n’a toutefois pas considéré cet argument comme une circonstance atténuante. Les magistrats ont rappelé que ces événements remontaient à plus d’une décennie et que l’accusé avait, après son arrivée en Europe, bénéficié de plusieurs opportunités d’insertion qu’il n’avait pas su ou voulu saisir.
Cette appréciation illustre une tendance observée dans de nombreuses juridictions européennes : si les facteurs sociaux et psychologiques permettent d’éclairer un parcours criminel, ils ne sauraient effacer la responsabilité pénale lorsque la violence atteint un degré exceptionnel.
La protection de la société comme priorité
Le verdict rendu à Anvers reflète également une évolution plus large des politiques pénales occidentales. Face aux infractions les plus graves, les juridictions accordent une importance croissante à l’évaluation du risque de récidive et à la protection des citoyens.
Dans cette affaire, le jury n’a retenu aucune circonstance atténuante. La réclusion à perpétuité a ainsi été présentée comme la seule réponse proportionnée à la gravité des faits et à la menace potentielle que représenterait l’accusé en cas de remise en liberté prématurée.
Le président de la cour a néanmoins rappelé que la sanction ne devait pas être perçue uniquement sous l’angle punitif. En Belgique, même une condamnation à perpétuité laisse théoriquement ouverte la perspective d’une libération conditionnelle après un minimum de quinze années de détention, sous réserve d’une évaluation favorable du tribunal de l’application des peines.
Compte tenu des trois années déjà passées en détention préventive, Amine El Bouzaydy devra toutefois demeurer incarcéré pendant au moins douze années supplémentaires avant de pouvoir solliciter un éventuel examen de sa situation.
Un signal fort de la justice belge
Au-delà du destin individuel de l’accusé, cette décision constitue un message clair adressé à la société. Elle rappelle que les crimes commis dans le cadre d’un vol, lorsqu’ils se transforment en actes de violence mortelle, figurent parmi les infractions les plus sévèrement réprimées par la justice belge.
Dans un contexte où les questions de sécurité publique occupent une place croissante dans le débat européen, le verdict d’Anvers illustre la volonté des institutions judiciaires de préserver un équilibre délicat entre humanité, responsabilité et protection collective.
Pour la famille de Cafer Cardak, cependant, aucune peine ne pourra effacer la perte subie. Le jugement marque la fin d’un procès, mais non celle des conséquences humaines d’un crime qui a bouleversé durablement plusieurs vies.