Royal Air Maroc à Zaventem : quand l’attente devient une destination à part entière
Bouchaib El Bazi
Il existe des voyages dont on se souvient pour la beauté du paysage, la richesse des rencontres ou l’émotion de l’arrivée. Puis il existe le vol Bruxelles-Tétouan de Royal Air Maroc, capable de transformer un simple trajet aérien en une expérience philosophique sur le temps, la patience et l’absence totale d’information.
Ce qui devait être un départ matinal depuis l’aéroport de Bruxelles-Zaventem s’est progressivement métamorphosé en une longue séance d’endurance collective. Dès 10 heures du matin, les passagers à destination de Tétouan ont été condamnés à naviguer dans un brouillard informationnel plus dense que les nuages qu’ils espéraient survoler.
Les heures se sont écoulées avec une régularité presque cruelle. Les écrans demeuraient muets, les annonces rares, et les voyageurs s’accrochaient à chaque rumeur comme des marins apercevant une lumière à l’horizon. Pourtant, du côté de la compagnie, le silence semblait avoir été érigé en stratégie de communication.
À 16h30, après plus de six heures d’attente, la révélation est finalement tombée : le vol est annulé. Pas reporté. Pas retardé. Annulé.
Une annonce sèche, brutale, qui a eu l’effet d’une douche froide pour des centaines de voyageurs déjà épuisés. La consigne suivante relevait presque de l’absurde administratif : récupérer les bagages. Comme si l’essentiel du problème se résumait soudainement à retrouver une valise plutôt qu’à expliquer comment rejoindre sa destination.
Le plus préoccupant demeure toutefois le traitement réservé aux passagers les plus vulnérables. Plusieurs personnes âgées, malades ou nécessitant une assistance particulière seraient restées durant de longues heures sans accompagnement adapté. Dans un secteur où les compagnies aériennes revendiquent volontiers leurs engagements en matière de service et d’attention aux voyageurs, la scène contraste douloureusement avec les promesses affichées dans les brochures institutionnelles.
Quant au service d’assistance téléphonique, il a offert une prestation remarquable de cohérence avec le reste de la journée. À chaque appel, la même réponse : « Nous n’avons aucune information. »
Une formule qui, répétée des dizaines de fois, finit presque par devenir le slogan officieux de cette gestion de crise.
À 18h15, soit près de neuf heures après le début de cette mésaventure, de nombreux passagers étaient toujours massés devant les comptoirs de Royal Air Maroc, non pas pour embarquer, mais simplement pour comprendre ce qui allait leur arriver. Hébergement ? Réacheminement ? Compensation ? Nouveau vol ? Personne ne semblait en mesure d’apporter une réponse claire.
Cette situation soulève une question fondamentale qui dépasse le simple cadre d’un vol annulé. Les aléas techniques, opérationnels ou météorologiques peuvent toucher n’importe quelle compagnie aérienne. Ce que les passagers acceptent difficilement, en revanche, c’est l’absence de communication, l’impression d’être abandonnés dans l’incertitude et le sentiment que leur temps n’a aucune valeur.
Dans le transport aérien moderne, l’annulation d’un vol n’est pas nécessairement un scandale. L’absence d’information pendant neuf heures, elle, constitue déjà un aveu d’échec.
Car au-delà des retards, des procédures et des bagages à récupérer, ce qui s’est joué ce jour-là à Zaventem est une question de respect du passager. Et sur ce point précis, beaucoup de voyageurs ont eu le sentiment que leur billet leur donnait accès à une destination, mais certainement pas à une considération à la hauteur de leurs attentes.
Entre Bruxelles et Tétouan, ce ne sont finalement pas les avions qui ont manqué. C’est la communication qui n’a jamais décollé.