Bruxelles face aux réseaux criminels : quand l’échec des politiques migratoires rencontre l’impasse diplomatique algérienne
Bouchaib El Bazi
Depuis plusieurs années, certains quartiers de Bruxelles, notamment les abords de la Gare du Nord et de la rue d’Aerschot à Schaerbeek, sont devenus le théâtre d’une concentration préoccupante de phénomènes criminels : trafic de stupéfiants, vols avec violence, règlements de comptes, rixes à l’arme blanche et économie souterraine. Cette réalité, largement documentée par les autorités belges et relayée par les médias, nourrit un sentiment croissant d’insécurité parmi les habitants et les commerçants.
Il serait toutefois réducteur d’attribuer cette situation à une seule nationalité. Les réseaux criminels qui opèrent dans ces secteurs rassemblent des individus de diverses origines, dont certains ressortissants algériens en situation irrégulière, mais également d’autres nationalités. La criminalité relève d’abord de trajectoires individuelles et de réseaux organisés, non d’une appartenance nationale.
Une impasse migratoire devenue problème sécuritaire
La Belgique se trouve confrontée à une difficulté structurelle : l’exécution des décisions d’éloignement visant des personnes déboutées du droit d’asile ou en séjour irrégulier. Lorsque les procédures de réadmission échouent ou s’éternisent, certains individus demeurent dans une situation de grande précarité, sans accès légal au marché du travail, devenant parfois des recrues pour les réseaux criminels.

Cette réalité met en lumière les limites d’une politique migratoire européenne fragmentée, incapable d’assurer simultanément le respect du droit d’asile, la protection des frontières et l’exécution effective des décisions administratives.
La responsabilité des États d’origine
Au-delà des défaillances européennes, la question de la coopération des pays d’origine demeure centrale. Plusieurs États sont régulièrement critiqués pour la lenteur ou les difficultés entourant la délivrance de laissez-passer consulaires permettant le retour de leurs ressortissants faisant l’objet d’une mesure d’éloignement.

Cette situation crée une zone grise juridique et diplomatique où les autorités belges disposent de marges de manœuvre limitées. Lorsqu’un État refuse ou retarde la réadmission de ses ressortissants, la gestion migratoire devient un sujet de négociation diplomatique autant qu’un enjeu sécuritaire.
Gare du Nord : symptôme d’une crise urbaine
Comparer certains secteurs de Bruxelles aux quartiers les plus sensibles de Marseille ou de Lille relève davantage d’un signal d’alarme que d’une description exhaustive. Les habitants dénoncent la multiplication des agressions, des trafics et des nuisances quotidiennes, tandis que les forces de police peinent à endiguer des réseaux particulièrement mobiles.
Cette évolution fragilise l’image internationale de la capitale européenne et pose une question fondamentale : comment préserver un espace public sûr sans remettre en cause les principes fondamentaux de l’État de droit ?
Pour une réponse fondée sur l’État de droit
La lutte contre la criminalité passe avant tout par le démantèlement des organisations criminelles, un renforcement de la coopération judiciaire et policière internationale, ainsi qu’une politique migratoire cohérente reposant sur une coopération effective avec les pays d’origine.
L’enjeu n’est pas de désigner une communauté comme responsable, mais de traiter avec fermeté les individus impliqués dans des activités criminelles tout en exigeant des États partenaires qu’ils assument pleinement leurs obligations internationales en matière de réadmission de leurs ressortissants.
À défaut, les quartiers les plus fragiles continueront de supporter les conséquences d’un double échec : celui des politiques migratoires européennes et celui d’une coopération diplomatique insuffisante.