Contrôles routiers au Maroc : entre impératifs de sécurité et sentiment d’inconfort chez les Marocains résidant à l’étranger
Bouchaib El Bazi
Chaque été, des millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE) retrouvent leur pays d’origine à l’occasion des vacances. Si la qualité des infrastructures routières s’est nettement améliorée au cours des deux dernières décennies, un sujet revient régulièrement dans les discussions des vacanciers : la fréquence des contrôles routiers effectués par la police et la Gendarmerie royale.
De nombreux témoignages recueillis par Akhbarona Aljalia en Espagne font état d’arrêts répétés pour des vérifications d’identité ou de documents administratifs, parfois plusieurs fois au cours d’un même trajet. Ces expériences alimentent un débat plus large sur l’équilibre entre les exigences de sécurité publique et la qualité de l’accueil réservé aux visiteurs.
« En Europe, je peux parcourir plusieurs centaines de kilomètres sans être arrêté une seule fois. En Espagne, pays pourtant confronté à une forte affluence touristique, on aperçoit rarement des barrages fixes comme au Maroc. Ici, durant un trajet entre Tanger et le sud du pays, j’ai été contrôlé à plusieurs reprises alors que tous mes documents étaient en règle », témoigne un Marocain établi en Belgique. Ce type de ressenti est fréquemment relayé sur des plateformes de voyageurs, où certains internautes évoquent une présence policière très visible sur les grands axes routiers, tandis que d’autres considèrent au contraire que ces contrôles contribuent à la sécurité des usagers.
Cette divergence de perception mérite d’être analysée avec nuance. D’un côté, les autorités marocaines ont fait de la sécurité routière et de la lutte contre la criminalité un axe majeur de leur politique publique. Les contrôles permettent notamment de vérifier les permis de conduire, les assurances, les documents des véhicules, mais aussi de lutter contre les excès de vitesse, la conduite sous l’emprise de l’alcool ou d’autres infractions. De l’autre, certains membres de la diaspora estiment que la multiplication des contrôles crée un sentiment de surveillance permanente, peu compatible avec l’image d’une destination touristique moderne.
La comparaison avec l’Espagne revient régulièrement dans les témoignages. Toutefois, elle doit être replacée dans son contexte. Les méthodes de contrôle diffèrent selon les pays. Dans plusieurs États européens, les contrôles sont souvent plus ciblés, davantage mobiles ou reposent sur des dispositifs technologiques tels que les radars automatiques, les caméras de lecture des plaques d’immatriculation et les contrôles ponctuels. Une présence policière moins visible ne signifie donc pas nécessairement un niveau de contrôle inférieur.
La question qui revient souvent parmi les Marocains d’Europe est la suivante : une présence policière importante donne-t-elle l’image d’un pays moins sûr ? Cette interrogation relève davantage de la perception que d’un constat objectif. En réalité, une forte présence des forces de l’ordre peut traduire des choix de politique sécuritaire visant à prévenir les accidents, protéger les grands axes de circulation et rassurer les usagers. À l’inverse, pour certains visiteurs habitués à d’autres pratiques en Europe, cette visibilité peut être interprétée comme le signe d’un environnement nécessitant une surveillance renforcée. Ces deux lectures coexistent et illustrent la complexité du sujet.
Les témoignages recueillis en Espagne par Akhbarona Aljalia reflètent d’ailleurs cette diversité d’opinions. Certains dénoncent des contrôles jugés excessifs ou des expériences négatives, tandis que d’autres affirment n’avoir rencontré aucune difficulté et considèrent ces vérifications comme normales dans un pays qui accueille chaque année plusieurs millions de touristes et de membres de la diaspora.
Au-delà du débat sur la fréquence des barrages, cette question interroge plus largement l’expérience vécue par les MRE lors de leur séjour au Maroc. Dans un contexte de forte concurrence entre destinations méditerranéennes, l’enjeu consiste à concilier efficacité des dispositifs de sécurité, fluidité des déplacements et qualité de l’accueil. Une étude spécifique auprès des Marocains résidant à l’étranger permettrait d’évaluer objectivement l’impact de ces contrôles sur leur perception du pays et sur leur fidélité à la destination Maroc.
La sécurité demeure un pilier essentiel de toute politique touristique. Mais à l’heure où l’expérience du voyageur devient un facteur déterminant de l’attractivité internationale, la manière dont cette sécurité est perçue mérite d’être prise en considération. L’objectif n’est pas d’opposer sécurité et liberté de circulation, mais de trouver le juste équilibre entre protection des citoyens, efficacité opérationnelle et image d’un Maroc accueillant, moderne et ouvert sur le monde.