RNI-PAM : la bataille des investitures fait vaciller les équilibres de la majorité

Rime Medaghri

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À l’approche des élections législatives du 23 septembre, les tensions entre le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Parti authenticité et modernité (PAM), deux composantes majeures de la majorité gouvernementale, prennent une tournure de plus en plus politique. Ce qui pouvait encore apparaître, il y a quelques semaines, comme une rivalité classique entre formations alliées se transforme désormais en une véritable épreuve de force.

Le dernier épisode en date porte la signature de Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants et l’une des principales figures du RNI. La diffusion, mardi 25 août, d’un enregistrement sonore qui lui est attribué a provoqué de nombreuses réactions dans les milieux politiques. Dans cet audio, Talbi Alami s’en prend notamment à Fouzi Lekjaa et affirme que celui-ci n’obtiendrait pas le portefeuille de l’Économie et des Finances, laissant entendre que Nadia Fettah conserverait ses fonctions.

Au-delà du contenu même de cette déclaration, c’est surtout le moment choisi qui interpelle. À moins d’un mois du scrutin législatif, chaque prise de position susceptible d’être interprétée comme un message adressé à un allié prend une portée particulière.

Le rapprochement avec le PAM au cœur des tensions

La crispation entre les deux formations s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs mouvements politiques récents. Le rapprochement de Fouzi Lekjaa avec le PAM, après une période durant laquelle il évoluait sans appartenance partisane clairement affichée, a été suivi par le départ de Marouane Chbaatou du RNI.

Député sortant de Midelt et membre du bureau politique du RNI, ce dernier a annoncé son ralliement au PAM. Une décision qui intervient alors que les formations politiques procèdent à la constitution de leurs listes électorales et cherchent à renforcer leurs positions dans les différentes circonscriptions.

Dans ce contexte, les transferts d’élus ou de personnalités disposant d’un ancrage électoral ne relèvent plus uniquement de trajectoires individuelles. Ils peuvent être perçus comme autant d’indicateurs du rapport de force qui se dessine à l’approche du scrutin.

Le RNI hausse le ton

La réaction du RNI n’a pas tardé. Dans un communiqué publié mardi, le parti a dénoncé ce qu’il présente comme des opérations de « séduction » et des « pressions » visant certains de ses parlementaires et élus, mettant implicitement en cause des pratiques attribuées au PAM.

Cette sortie publique est révélatrice d’un changement de ton. Jusqu’ici, les divergences entre les deux formations pouvaient être absorbées par les mécanismes habituels d’une coalition gouvernementale. Leur médiatisation, à quelques semaines des élections, modifie cependant la nature du conflit.

Car derrière les déclarations officielles se joue une question plus stratégique : celle du contrôle des territoires électoraux, de la fidélité des élus et, plus largement, du poids respectif des différentes composantes de la majorité après les élections.

Une majorité gouvernementale face à sa propre compétition

Le paradoxe de la situation est évident. Le RNI et le PAM gouvernent ensemble, mais ils seront concurrents devant les électeurs. Cette double réalité constitue l’une des principales difficultés des coalitions lorsqu’elles entrent dans une phase préélectorale.

Tant que l’échéance électorale reste éloignée, les intérêts gouvernementaux peuvent primer sur les rivalités partisanes. À mesure que le scrutin approche, la logique électorale reprend progressivement ses droits : chaque formation cherche à préserver son implantation, à maximiser son nombre de sièges et à attirer des personnalités susceptibles de renforcer ses listes.

Le conflit actuel doit donc être lu moins comme une rupture de la majorité que comme le signe d’une compétition devenue plus intense entre ses principales composantes.

La question de Fouzi Lekjaa

Le cas de Fouzi Lekjaa concentre une partie particulière de cette bataille politique. Son rapprochement avec le PAM intervient alors qu’il bénéficie déjà d’une forte visibilité publique et d’un poids institutionnel important. Son positionnement constitue, à ce titre, un enjeu qui dépasse la simple question d’une adhésion partisane.

Les propos attribués à Rachid Talbi Alami sur le portefeuille des Finances ont ainsi pris une dimension politique supplémentaire. Ils touchent directement à la répartition future des responsabilités gouvernementales et, par conséquent, à la capacité de chaque formation à se projeter au-delà du scrutin.

Il convient toutefois de distinguer les déclarations individuelles, même lorsqu’elles émanent de personnalités de premier plan, des décisions institutionnelles qui relèvent des mécanismes constitutionnels et de la formation du prochain gouvernement.

Le PAM sous pression

Du côté du PAM, la réaction de sa direction est désormais particulièrement attendue. Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale de la direction collégiale du parti, se retrouve au centre d’une séquence politique délicate.

Le PAM doit en effet gérer simultanément plusieurs impératifs : défendre ses intérêts électoraux, répondre aux accusations formulées par son partenaire gouvernemental et éviter qu’une confrontation trop brutale ne fragilise davantage l’image de la majorité à l’approche du scrutin.

La marge de manœuvre est étroite. Une réponse trop offensive pourrait accentuer la fracture. Une réaction trop prudente pourrait, à l’inverse, être interprétée comme un recul dans une bataille où chaque parti entend démontrer sa capacité à imposer son rapport de force.

Le véritable test aura lieu dans les urnes

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que les tensions entre le RNI et le PAM annoncent une rupture de la majorité gouvernementale. Elles témoignent en revanche d’une réalité politique difficilement évitable : deux partenaires peuvent gouverner ensemble tout en menant une compétition électorale particulièrement âpre.

La séquence actuelle révèle surtout que la bataille des législatives a déjà commencé. Les investitures, les ralliements, les mouvements d’élus et les prises de position publiques constituent désormais autant de fronts d’une confrontation qui se jouera, en dernier ressort, devant les électeurs.

Le véritable verdict ne sera donc pas celui des communiqués ou des déclarations échangées entre les deux formations. Il sera électoral.

Le 23 septembre dira jusqu’où le RNI et le PAM auront réussi à préserver leurs positions respectives — et surtout si les tensions actuelles auront été un simple épisode de campagne ou le prélude à une recomposition plus profonde des équilibres au sein de la majorité.

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