À Bruxelles, la sécurité s’impose comme un enjeu politique et économique majeur
Bouchaib El Bazi
Bruxelles — La sécurité s’est imposée au cœur des discussions du Beci Summit 2026, organisé le 26 août autour du thème « Politics Meets Business ». Réunissant responsables politiques et représentants du monde économique, l’événement a notamment permis de revenir sur l’un des dossiers les plus sensibles pour la capitale : la dégradation du sentiment de sécurité dans certains quartiers et ses conséquences sur la vie quotidienne comme sur l’activité économique.
Présent lors des échanges, Ahmed Laaouej a défendu une approche qui ne limite pas la question sécuritaire à la seule réponse policière. Pour le responsable socialiste bruxellois, la lutte contre les violences, les trafics et les incivilités doit s’accompagner d’un investissement plus important dans la prévention, l’éducation et la cohésion sociale.
Cette approche intervient dans un contexte où les données disponibles invitent à considérer la criminalité bruxelloise avec une lecture territoriale. Une étude publiée en avril 2026 par l’Observatoire de safe.brussels montre notamment que les quartiers caractérisés par une forte densité de population, des revenus médians plus faibles et un chômage plus élevé présentent, pour plusieurs catégories d’infractions, des niveaux de criminalité enregistrée plus importants.
Le constat plaide pour une politique publique dépassant la logique de l’intervention d’urgence. Renforcer les effectifs et les moyens de la police et de la justice demeure indispensable lorsque les habitants, les commerçants ou les travailleurs sont confrontés à des situations de violence ou à l’emprise des réseaux criminels. Mais cette réponse ne saurait, à elle seule, traiter les mécanismes sociaux qui favorisent l’installation durable de certaines formes de délinquance.
C’est précisément sur ce terrain que la question de la jeunesse devient centrale. Le décrochage scolaire, la précarité, l’absence de perspectives professionnelles et la marginalisation de certains quartiers constituent autant de facteurs susceptibles d’alimenter les phénomènes d’exclusion. La prévention ne doit donc pas être considérée comme une politique secondaire, mais comme un volet à part entière de la stratégie de sécurité.
Cette vision est d’ailleurs cohérente avec les orientations défendues par Ahmed Laaouej, qui place l’éducation, la formation et la lutte contre le décrochage scolaire parmi les priorités de son projet pour Bruxelles.
Pour les acteurs économiques, l’enjeu dépasse également la seule tranquillité publique. Une capitale confrontée à des problèmes récurrents de violences, de trafics ou d’incivilités risque de voir son attractivité affectée, notamment dans les quartiers commerçants et les zones où se concentrent les activités entrepreneuriales. La sécurité devient ainsi une condition du dynamisme économique autant qu’un droit fondamental des citoyens.
Le débat qui s’est tenu au Beci Summit rappelle, à cet égard, la nécessité d’une coopération plus étroite entre les différents niveaux de pouvoir. La sécurité relève de compétences institutionnelles multiples et exige une coordination constante entre autorités fédérales, Région, communes, police, justice et acteurs de terrain.
À Bruxelles, le défi consiste désormais à dépasser l’opposition entre prévention et répression. Une politique crédible doit être capable de protéger immédiatement les habitants tout en s’attaquant aux causes profondes de l’insécurité.
La capitale ne retrouvera durablement sa sérénité ni son attractivité par les seuls discours. Elle devra conjuguer présence policière, efficacité judiciaire, prévention sociale, accompagnement de la jeunesse et réinvestissement des espaces publics. C’est à cette condition que la sécurité pourra redevenir non seulement une réponse à la criminalité, mais également un véritable projet collectif pour l’avenir de Bruxelles.