Il y a une question qui revient régulièrement lorsque l’on parle de la jeunesse marocaine.. Comment convaincre nos jeunes de rester ?
Mais peut-être posons-nous la mauvaise question.
Avant de demander à un jeune de rester, avons-nous réellement pris le temps de lui demander pourquoi il souhaite partir ?
Derrière le désir d’ailleurs, il n’y a pas nécessairement un rejet du Maroc. Il y a souvent quelque chose de beaucoup plus concret.. La recherche d’une opportunité, d’un premier emploi, d’une formation de qualité, d’une reconnaissance, d’une autonomie financière ou simplement de la possibilité de construire sa vie.
Et cela change profondément le débat.
Rester doit être un choix, pas une injonction.
Nous pouvons aimer profondément notre pays et comprendre malgré tout qu’un jeune puisse vouloir chercher son avenir ailleurs.
Lui dire simplement « reste » ne suffit pas.
Lui rappeler son attachement à sa patrie ne suffit pas davantage.
Une jeunesse ne construit pas son avenir uniquement avec des discours. Elle le construit avec des perspectives.
Il faut donc passer d’une logique de culpabilisation à une logique d’opportunités.
La véritable question devient alors..
*Qu’avons-nous concrètement à proposer à cette jeunesse pour qu’elle puisse envisager son avenir au Maroc avec confiance ?
Écouter avant de construire.
Nous avons parfois une étrange habitude comme imaginer des politiques, des programmes et des dispositifs destinés aux jeunes avant même de leur demander ce qu’ils attendent.
Or, si nous voulons véritablement comprendre leurs aspirations, il faut commencer par les écouter.
Qu’est-ce qui les décourage ?
Pourquoi certains ne croient-ils plus aux possibilités qui existent dans leur propre environnement ?
Que manque-t-il à celui qui possède un diplôme mais ne trouve pas son premier emploi ?
Que manque-t-il à celle qui possède une idée mais aucun réseau pour la transformer en entreprise ?
Que manque-t-il à celui qui possède du talent mais ne sait simplement pas à quelle porte frapper ?
Ces questions doivent précéder les solutions.
Car les jeunes ne veulent pas que nous décidions de leur avenir à leur place.
Ils veulent les moyens de le construire.
Formation, entreprise et expérience. Reconnecter les trois mondes.
L’un des enjeux majeurs réside probablement dans la connexion entre la formation et la réalité économique.
Une formation prend tout son sens lorsqu’elle conduit vers une compétence recherchée, une expérience professionnelle, un métier ou la possibilité d’entreprendre.
Pourquoi ne pas multiplier les passerelles entre établissements de formation et entreprises ?
Pourquoi ne pas davantage développer des parcours permettant d’alterner apprentissage théorique, immersion professionnelle et accompagnement ?
Pourquoi attendre qu’un jeune soit découragé pour commencer à l’accompagner ?
Il faut intervenir plus tôt.
Orienter.
Former.
Mentorer.
Connecter.
Et si la diaspora devenait une partie de la réponse ?
Des millions de Marocains vivent aujourd’hui à travers le monde.
Parmi eux se trouvent des entrepreneurs, ingénieurs, médecins, chercheurs, artisans, cadres, investisseurs, enseignants et dirigeants d’entreprise.
Cette diaspora représente bien davantage qu’une capacité financière.
Elle possède quelque chose de particulièrement précieux , de l’expérience et des réseaux.
Imaginez un entrepreneur marocain installé à Bruxelles accompagnant pendant six mois un jeune entrepreneur à Casablanca.
Une ingénieure marocaine au Canada mentorant une étudiante au Maroc.
Un chef d’entreprise installé en France ouvrant son réseau à un jeune diplômé.
Des professionnels de la diaspora intervenant dans des écoles pour expliquer leurs métiers, partager leurs erreurs et transmettre leur expérience.
Des entreprises proposant des stages, des immersions ou des premières expériences professionnelles.
Nous ne parlons plus seulement de transfert financier.
Nous parlons de transmission humaine.
Et peut-être est-ce précisément l’une des formes de richesse dont notre jeunesse a aujourd’hui le plus besoin.
Entreprendre ne devrait pas être un parcours solitaire.
Beaucoup de jeunes possèdent des idées.
Mais une idée sans accompagnement peut mourir avant même d’avoir été testée.
Le financement est important.
Mais avant le financement viennent souvent le mentorat, la compréhension du marché, le réseau, la structuration et l’accès aux bonnes personnes.
Un jeune entrepreneur ne devrait pas avoir à comprendre seul tout l’écosystème qui l’entoure.
Nous devons construire davantage de ponts entre ceux qui savent et ceux qui commencent.
Entre ceux qui disposent d’un réseau et ceux qui n’en ont pas encore.
Entre ceux qui ont réussi et ceux qui essaient.
Ne pas opposer partir et rester.
Il faut également sortir d’une opposition trop simpliste.
Partir n’est pas nécessairement échouer.
Rester n’est pas nécessairement réussir.
Un jeune peut étudier à l’étranger, acquérir une expérience extraordinaire et revenir quelques années plus tard.
Un autre peut rester au Maroc et développer une entreprise internationale.
Un troisième peut vivre à Montréal, Bruxelles, Paris ou Londres tout en contribuant activement au développement du Maroc.
Le véritable enjeu n’est donc pas d’enfermer notre jeunesse à l’intérieur de frontières.
Il est de créer une circulation des compétences dans laquelle le Maroc reste un espace d’opportunités, de projets et d’appartenance.
Donner envie de rester
Je rêve d’une jeunesse qui puisse regarder son pays et se dire
« Je peux construire quelque chose ici. »
Pas parce qu’on lui aura demandé de rester.
Mais parce qu’elle aura devant elle suffisamment de raisons de le choisir.
Un emploi.
Une formation.
Un mentor.
Une entreprise qui lui ouvre sa porte.
Un financement accessible.
Un réseau.
Une première chance.
Parfois, une seule rencontre peut changer une trajectoire.
Alors peut-être devons-nous arrêter de demander
« Comment empêcher nos jeunes de partir ? »
Et commencer collectivement à nous demander
« Que devons-nous construire pour qu’ils aient réellement envie de rester ? ».
Cette question concerne l’État et les institutions.
Mais elle concerne également les entreprises, les universités, les associations, les entrepreneurs et la diaspora.
Nous avons chacun une petite partie de la réponse.
Il reste maintenant à connecter toutes ces forces.
Et surtout, à passer des paroles aux actes.