Les élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 ont livré un chiffre qui mérite que l’on s’y arrête : le taux de participation s’est établi à 38,02 % au niveau national.
Derrière ce chiffre se pose une question plus profonde : comment renouer le lien entre les citoyens et la participation politique ?
La jeunesse constitue certainement l’un des premiers enjeux de cette réflexion. Les 18-24 ans ne représentent que 4 % des personnes inscrites sur les listes électorales, alors que les plus de 60 ans en représentent plus de 29 %.
Cette faible présence électorale des jeunes ne devrait pourtant pas être automatiquement interprétée comme une absence d’intérêt pour la chose publique.
Les témoignages recueillis dans la presse marocaine montrent une réalité plus complexe : certains jeunes disent ne plus se reconnaître dans l’offre politique, d’autres doutent de la capacité de leur vote à provoquer un changement, tandis que certains choisissent malgré leurs réserves de participer au scrutin.
Autrement dit, l’abstention peut également être l’expression d’une défiance.
Et pendant ce temps, des millions de Marocains vivent à l’étranger.
Ce débat sur la participation devrait nous conduire à regarder également au-delà des frontières du Royaume.
La diaspora marocaine entretient quotidiennement un lien avec son pays. Elle investit, entreprend, soutient ses familles, développe des projets, transmet la culture marocaine à ses enfants et participe au rayonnement du Maroc dans le monde.
Elle souhaite également pouvoir participer pleinement à sa vie citoyenne.
La Constitution marocaine est, sur ce point, très claire. Son article 17 reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles, et prévoit les modalités permettant l’exercice effectif de ces droits depuis les pays de résidence.
Pour les élections de 2026, une avancée a été réalisée avec la mise en place d’une plateforme électronique permettant aux MRE d’établir une procuration de vote en ligne.
Cette évolution doit être saluée. Mais une procuration, même facilitée numériquement, n’est pas encore la même chose que pouvoir exprimer directement son vote depuis Bruxelles, Paris, Amsterdam, Montréal, Londres, Madrid ou ailleurs.
Si nous savons numériser la procuration, pourquoi ne pas poursuivre la réflexion ?
Depuis plusieurs années, différentes voix issues de la diaspora demandent que soient étudiées des solutions permettant aux Marocains établis à l’étranger d’exercer plus directement leur droit de vote.
Le vote digital fait partie des pistes avancées.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre qu’un vote électronique pourrait être instauré sans garanties. La sécurité du scrutin, le secret du vote, l’identification de l’électeur, la protection contre la fraude et la confiance dans le système sont des exigences fondamentales.
Mais ces difficultés devraient conduire à étudier les solutions possibles plutôt qu’à fermer le débat.
Plusieurs modèles pourraient être examinés : vote électronique sécurisé, vote dans les consulats, vote postal, dispositifs hybrides ou toute autre solution permettant aux citoyens établis à l’étranger d’exercer personnellement leur droit.
La question mérite au minimum une étude institutionnelle et technique sérieuse.
La diaspora ne demande pas un privilège. Elle demande de pouvoir exercer pleinement sa citoyenneté.
Au moment où le Maroc s’interroge sur l’abstention et sur la faible présence des nouvelles générations dans le processus électoral, une autre question mérite donc d’être posée : pourquoi ne pas faciliter davantage la participation des Marocains établis à l’étranger qui souhaitent, eux aussi, prendre part à la vie démocratique de leur pays ?
Personne ne peut affirmer comment voterait la diaspora. Et ce n’est pas la question.
Les Marocains du monde ont des opinions différentes, des sensibilités différentes et des attentes différentes. C’est précisément cela, la démocratie.
L’enjeu n’est donc pas de savoir pour qui ils voteraient.
Il est de leur permettre de voter directement.
Le Maroc dispose aujourd’hui des compétences technologiques, administratives et institutionnelles permettant au moins d’ouvrir sérieusement ce chantier.
Ces élections peuvent ainsi être l’occasion de poser une question pour l’avenir :
Comment faire participer davantage tous les Marocains à la construction politique de leur pays, qu’ils vivent à Casablanca, Agadir, Tanger, Bruxelles, Paris ou Montréal ?
Renforcer la participation de la diaspora ne signifie pas l’éloigner du Maroc.
Cela signifie lui donner une possibilité supplémentaire de maintenir ce lien essentiel avec son pays et d’exercer pleinement sa citoyenneté.