Maroc : Fatima Ezzahra El Mansouri devient la première femme à diriger le gouvernement

Rime Medaghri

Rabat — Le Maroc ouvre une nouvelle séquence de son histoire politique. Le roi Mohammed VI a nommé, mardi 29 septembre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement, faisant d’elle la première femme à accéder à cette fonction depuis l’indépendance du Royaume. La décision intervient au lendemain des élections législatives du 23 septembre, remportées par le Parti Authenticité et Modernité (PAM), dont elle coordonne la direction collégiale.

La nomination a été annoncée à l’issue d’une audience royale au Palais Royal de Rabat. Selon le communiqué du ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie, le souverain a désigné Mme El Mansouri cheffe du gouvernement en vertu de l’article 47 de la Constitution, et l’a chargée de former le nouvel exécutif. Cette disposition prévoit que le chef du gouvernement est nommé au sein du parti arrivé en tête des élections de la Chambre des représentants.

Une première dans l’histoire politique du Royaume

L’accession d’une femme à la direction du gouvernement constitue une rupture historique dans la représentation politique au plus haut niveau de l’exécutif marocain. Elle intervient dans un pays où les femmes occupent depuis plusieurs années des responsabilités croissantes dans les institutions publiques, les collectivités territoriales et la vie politique, sans avoir encore dirigé le gouvernement.

La portée de cette nomination dépasse ainsi la seule dimension symbolique. Elle intervient dans une période où les autorités marocaines sont confrontées à plusieurs dossiers structurants, notamment l’emploi, le pouvoir d’achat, les politiques sociales, les services publics et la poursuite des grands projets d’infrastructures et de développement.

Une personnalité politique au parcours institutionnel établi

Âgée de 50 ans, Fatima Ezzahra El Mansouri est juriste de formation et avocate spécialisée dans le droit foncier et immobilier. Elle est titulaire d’une licence en droit privé de l’Université Mohammed V de Rabat, d’un DEA en droit des contrats d’affaires de l’Université de Montpellier ainsi que d’un certificat en droit anglo-saxon de Pace University, aux États-Unis. Elle est inscrite au barreau de Marrakech depuis 2005.

Son parcours politique est étroitement lié au PAM, dont elle a été l’une des membres fondatrices en 2008. Elle a également exercé les fonctions de présidente du conseil communal de Marrakech, de députée au Parlement et de présidente du conseil national du parti. Depuis 2024, elle assure la coordination de la direction collégiale du PAM. Elle occupait par ailleurs, depuis 2021, le portefeuille de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.

Une majorité parlementaire à construire

La victoire électorale du PAM ne lui confère toutefois pas, à elle seule, une majorité absolue à la Chambre des représentants. Le parti a obtenu 97 sièges sur 395, ce qui place la nouvelle cheffe du gouvernement devant la nécessité de constituer une coalition parlementaire afin de disposer d’une majorité permettant au nouvel exécutif de gouverner. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Parti de l’Istiqlal figurent notamment parmi les principales forces représentées au Parlement.

La formation du gouvernement constituera donc la première étape concrète du nouveau mandat politique. Elle permettra de mesurer les équilibres entre les différentes composantes de la future majorité ainsi que les priorités qui seront retenues pour les prochaines années.

Des attentes économiques et sociales importantes

La nouvelle équipe gouvernementale devra également composer avec un contexte marqué par des attentes fortes en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de santé, d’éducation et de protection sociale. Ces enjeux s’inscrivent dans une trajectoire de transformation économique et sociale engagée depuis plusieurs années par le Maroc.

À cela s’ajoutent les échéances internationales liées à l’organisation de la Coupe du monde de football 2030, que le Maroc accueillera conjointement avec l’Espagne et le Portugal, ainsi que les investissements importants en matière d’infrastructures qui accompagnent cet événement.

« Le travail commencera dès aujourd’hui »

À l’issue de l’audience royale, Fatima Ezzahra El Mansouri a déclaré qu’elle œuvrerait à proposer un gouvernement « à la hauteur des attentes » du souverain et de l’ensemble des citoyennes et citoyens. Elle a également indiqué que l’audience avait constitué l’occasion de recevoir les orientations royales relatives à la gestion de la prochaine étape.

Avec cette nomination, le Maroc entre donc dans une nouvelle phase institutionnelle. Au-delà de son caractère historique, l’arrivée de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement ouvre désormais une période de formation de coalition et de définition des priorités de l’exécutif. La première femme à diriger le gouvernement marocain devra ainsi transformer une première historique en exercice concret du pouvoir, dans un contexte où les attentes sociales, économiques et institutionnelles demeurent particulièrement importantes.

 

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