Bruxelles : face à la pression du MR pour écarter Lotfi Mostefa, le PS choisit l’esquive
Rime Medaghri
Le bras de fer autour de Lotfi Mostefa met à l’épreuve la solidité de la majorité bruxelloise. Alors que le MR conditionne le financement du secteur du logement social au départ du président du Foyer anderlechtois, les socialistes privilégient, pour l’heure, la temporisation. Une stratégie qui pourrait tenir jusqu’au prochain rendez-vous budgétaire, mais qui ne règle en rien le fond du conflit.
« Une crise, quelle crise ? » C’est, en substance, la ligne adoptée par le Parti socialiste bruxellois au lendemain de l’offensive de Georges-Louis Bouchez. Le président du MR a clairement placé le gouvernement régional devant un ultimatum : les moyens destinés au secteur du logement social resteront bloqués tant que Lotfi Mostefa restera à la tête du Foyer anderlechtois.
Réélu le 17 août, malgré les controverses entourant sa gestion et les accusations de clientélisme évoquées dans le débat politique bruxellois, Lotfi Mostefa est ainsi devenu le point de fixation d’un conflit qui dépasse désormais largement la seule gouvernance du Foyer.
Un ultimatum qui fragilise l’accord de majorité
La décision du MR revient de facto à remettre en question l’équilibre de l’accord gouvernemental bruxellois. La majorité avait pourtant prévu des investissements importants dans le logement, dont quelque 400 millions d’euros via un mécanisme d’investissement permettant de ne pas alourdir directement le déficit.
Le problème est désormais financier autant que politique. La Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB) attend quelque 131 millions d’euros de versements. Sans ces moyens, des tensions de liquidités pourraient apparaître dès la mi-octobre, selon des sources politiques citées dans le dossier.
Le MR entend précisément exploiter cette vulnérabilité : faire du financement du logement social un levier pour obtenir le départ de Mostefa.
« On ne peut pas injecter 400 millions dans un secteur qui conserve l’apparence d’un Mister Cash du clientélisme », résume un responsable libéral, tandis qu’Audrey Henry, députée MR, insiste sur le fait que les recommandations de la commission d’enquête concernant le Foyer anderlechtois sont encore récentes.
Le PS temporise plutôt que d’affronter
Face à cette offensive, la réaction socialiste est restée mesurée. Ahmed Laaouej et Karine Lalieux n’ont pas engagé de confrontation directe avec le MR. Le PS semble avoir privilégié une stratégie de retrait, évitant pour l’instant de transformer le différend en crise ouverte au sein du gouvernement.
Cette prudence n’est pas nécessairement synonyme d’apaisement. Elle traduit surtout la marge de manœuvre réduite dont disposent les socialistes. Le parti a besoin de la majorité pour avancer sur plusieurs dossiers, notamment budgétaires, tandis que Bruxelles reste confrontée à des contraintes financières considérables.
Ahmed Laaouej s’est d’ailleurs attaché à afficher une relation constructive avec Boris Dilliès, ministre-président bruxellois, tout en laissant entendre que la pression exercée par Georges-Louis Bouchez pose une question institutionnelle : jusqu’où un président de parti peut-il intervenir dans les décisions d’un exécutif régional ?
La position de Boris Dilliès apparaît, elle aussi, délicate. Il doit faire appliquer un accord de majorité auquel son propre président de parti impose désormais de nouvelles conditions. « Bouchez fait du Bouchez », résume une source socialiste, soulignant ainsi le paradoxe d’un ministre-président placé entre la discipline gouvernementale et les exigences de sa formation politique.
La rentrée parlementaire comme ligne de front
Contrairement aux attentes, la question n’a pas provoqué de confrontation spectaculaire lors de la réunion du gouvernement bruxellois. Le dossier n’aurait même pas été inscrit formellement à l’ordre du jour, alors que le prochain grand rendez-vous budgétaire, prévu les 3 et 4 octobre, pourrait remettre le sujet au centre des débats.
Le MR, de son côté, assume sa stratégie. Le cabinet du ministre-président affirme que le blocage des moyens de la SLRB a été décidé en concertation avec Boris Dilliès et que les conditions posées par les libéraux seront appliquées tant que la gouvernance du Foyer anderlechtois ne sera pas considérée comme assainie.
Le contraste est donc net : le MR exerce une pression maximale tandis que le PS évite, pour l’instant, l’escalade.
Une trêve jusqu’en octobre ?
Cette stratégie de temporisation peut difficilement durer indéfiniment. Le financement de la SLRB et l’avenir du logement social bruxellois ne peuvent être durablement dissociés du conflit politique autour de Lotfi Mostefa.
Le PS pourrait théoriquement riposter en liant ce dossier à d’autres négociations gouvernementales, comme il l’a régulièrement fait dans la mécanique complexe des coalitions bruxelloises. Mais cette fois, son intérêt politique semble plutôt l’inciter à éviter l’affrontement.
Les socialistes ont eux-mêmes besoin de marges de manœuvre sur le budget et sur plusieurs dossiers sensibles. Bloquer le fonctionnement du gouvernement reviendrait donc à prendre le risque de fragiliser davantage leur propre position.
La véritable échéance pourrait ainsi être celle d’octobre. D’ici là, chacun semble avoir intérêt à gagner du temps. Mais le problème demeure entier : le MR a lié explicitement le refinancement du logement social au départ de Lotfi Mostefa, tandis que le PS refuse encore de faire de cette exigence une condition de survie de la majorité.
La crise n’est donc pas réglée. Elle a simplement été repoussée.
Et lorsque les finances publiques finiront par imposer un choix, la majorité bruxelloise devra répondre à une question devenue incontournable : peut-elle encore fonctionner si un parti de gouvernement conteste publiquement les conditions de l’accord qu’il a lui-même contribué à construire ?