Les Engagés contre le MR : chronique d’un mariage politique où le climat n’est plus le seul à se réchauffer
Bouchaib El Bazi
À force de vouloir gouverner ensemble tout en se parlant comme des adversaires de campagne, Les Engagés et le Mouvement Réformateur (MR) offrent un spectacle politique dont le principal carburant n’est plus le compromis, mais la contradiction. L’épisode autour de la politique climatique n’a finalement été que le dernier prétexte d’une relation qui ressemble de plus en plus à un feuilleton où chaque épisode promet une nouvelle querelle.
L’ironie est presque parfaite : alors que les températures battent des records, ce ne sont pas les émissions de CO₂ qui semblent grimper le plus rapidement, mais les émissions de petites phrases.
Le gouvernement de la coalition permanente… et du conflit permanent
Dans une coalition, les désaccords sont normaux. Ils sont même parfois utiles. Mais lorsqu’ils deviennent une stratégie de communication, ils cessent d’être des divergences politiques pour devenir un mode de gouvernance.
Chaque semaine semble désormais suivre un scénario bien rodé.
Le matin, un ministre annonce une mesure. À midi, un partenaire nuance. Dans l’après-midi, un autre partenaire critique. Le soir, chacun affirme que la majorité reste « soudée ».
Une stabilité tellement répétée qu’elle finit par ressembler à une crise institutionnelle sous abonnement.
Jean-Luc Crucke, ministre du climat… ou météorologue des tensions ?
Jean-Luc Crucke est devenu malgré lui le point de convergence des frustrations politiques.
Ses appels à davantage de coordination avec les Régions, ses prises de position sur la politique climatique et ses critiques implicites envers certains partenaires ont transformé un portefeuille ministériel en laboratoire politique.
Dans cette séquence, la météo est presque secondaire.
Le véritable front chaud se situe autour de la table du gouvernement.
Les reproches circulent plus rapidement que les notes ministérielles, tandis que les communiqués de presse semblent parfois être rédigés avant même la fin des réunions.
Le MR découvre les vertus de la pédagogie… après les conférences de presse
Le MR revendique une ligne libérale pragmatique.
Les Engagés défendent une approche plus centriste et plus volontariste sur les questions environnementales.
Sur le papier, ces différences sont parfaitement compatibles.
Dans la pratique, elles donnent parfois l’impression que chacun participe à une réunion différente.
L’un parle d’investissements. L’autre évoque les responsabilités. Le troisième corrige les chiffres.
Et les citoyens cherchent encore où commence réellement la décision politique.
Une opposition qui regarde… avec du pop-corn
Lorsque la majorité transforme chaque débat technique en affrontement public, l’opposition n’a presque plus besoin d’intervenir. Elle observe. Elle relaie. Elle ironise.
Le gouvernement effectue lui-même une partie du travail de contestation.
Dans n’importe quelle démocratie parlementaire, l’opposition rêve d’une majorité qui expose elle-même ses désaccords avec autant de régularité.
La communication est devenue une discipline olympique
Ce qui frappe surtout dans cette séquence, ce n’est pas l’existence des divergences. C’est leur mise en scène.
Chaque acteur politique semble désormais jouer simultanément deux rôles : partenaire de majorité devant le Roi et opposant sur les réseaux sociaux.
La politique belge invente ainsi une catégorie inédite : l’opposition gouvernementale.
Une performance institutionnelle où l’on vote ensemble avant d’expliquer publiquement pourquoi l’autre avait tort.
Derrière l’humour, une vraie question politique
La transition climatique constitue pourtant un sujet suffisamment stratégique pour dépasser les réflexes partisans.
Industrie, énergie, mobilité, adaptation aux vagues de chaleur : ces dossiers nécessitent une cohérence qui ne peut survivre à une succession permanente de passes d’armes médiatiques.
À vouloir démontrer qui possède la meilleure formule de communication, les partenaires de coalition prennent le risque de laisser croire que personne ne possède réellement la feuille de route.
Une coalition qui chauffe davantage que le climat
Cette séquence restera sans doute moins comme un débat sur le climat que comme un révélateur des fragilités de la majorité.
Car lorsqu’un gouvernement passe davantage de temps à commenter ses propres tensions qu’à expliquer ses politiques publiques, le problème n’est plus météorologique. Il devient institutionnel.
Et si le thermomètre politique continue de grimper à ce rythme, le prochain plan d’urgence ne concernera peut-être plus seulement les canicules.
Il faudra aussi prévoir un système de refroidissement… pour les conseils des ministres.