Bruxelles–Rabat : le pari politique d’Ahmed Laaouej pour apaiser les tensions autour de Hub.brussels

Bouchaib El Bazi

Le chef de cabinet du président bruxellois du PS, Moustapha Buddich, doit rejoindre le Maroc comme représentant de Hub.brussels. Derrière cette nomination se dessine un compromis politique destiné à mettre fin aux tensions qui ont secoué l’agence bruxelloise pour l’entrepreneuriat et ses partenaires politiques.

La décision ressemble à un compromis soigneusement négocié. Après plusieurs semaines de tensions autour de Hub.brussels, l’Agence bruxelloise pour l’entrepreneuriat s’apprête à envoyer au Maroc Moustapha Buddich, jusqu’ici chef de cabinet d’Ahmed Laaouej, président du groupe socialiste au Parlement bruxellois.

La nomination, intervenue en juillet, prévoit que Buddich occupe le poste de représentant de Hub.brussels au Maroc. Une fonction qui doit permettre de préserver la représentation économique de l’agence à l’étranger tout en offrant une porte de sortie à une séquence politique devenue particulièrement sensible à Bruxelles.

Selon les informations rapportées par L’Écho, la rémunération du futur représentant se situerait entre 130.000 et 140.000 euros bruts par an, un niveau correspondant à celui d’un haut responsable de l’administration bruxelloise.

Une nomination sur fond de crise

Le contexte explique largement la portée politique de cette décision. Hub.brussels traversait une période de fortes tensions, dans un environnement marqué par les restrictions budgétaires, les suppressions de postes et les interrogations sur la représentation de la Région bruxelloise à l’étranger.

Le dossier de la représentation au Maroc cristallisait notamment les inquiétudes de plusieurs acteurs. La procédure de sélection d’un nouveau représentant avait suscité des interrogations, certains estimant qu’un poste destiné à porter les intérêts économiques de Bruxelles à l’international devait faire l’objet d’un processus particulièrement transparent.

L’arrivée de Moustapha Buddich change la donne. Elle permet au PS bruxellois de conserver un relais économique au Maroc tout en donnant à son président de groupe une marge de manœuvre dans une période où les rapports de force politiques restent fragiles.

Un profil politique davantage qu’une simple nomination administrative

La particularité du dossier tient surtout au profil du futur représentant. Buddich n’est pas un haut fonctionnaire issu du sérail administratif de Hub.brussels : il est le chef de cabinet d’Ahmed Laaouej et un proche collaborateur politique.

Ce choix alimente naturellement les interrogations sur la frontière entre responsabilité politique et fonction administrative.

Les défenseurs de la nomination peuvent toutefois faire valoir qu’un représentant économique doit également maîtriser les réseaux institutionnels, diplomatiques et politiques nécessaires au développement des relations entre Bruxelles et le Maroc.

Le choix apparaît ainsi comme une tentative de transformer une difficulté politique en opportunité diplomatique et économique : envoyer à Rabat un responsable bénéficiant d’une solide expérience politique et susceptible de travailler directement avec les milieux institutionnels et économiques marocains.

Le Maroc au cœur du dispositif économique bruxellois

Au-delà de la polémique bruxelloise, le poste revêt une importance particulière. Le Maroc constitue un marché stratégique pour les entreprises bruxelloises et un espace privilégié pour le développement des relations économiques internationales de la Région.

Hub.brussels dispose d’ailleurs d’un réseau de représentation destiné à accompagner les entreprises bruxelloises dans leur internationalisation. Dans ce contexte, la présence d’un représentant permanent à Rabat répond à un objectif qui dépasse les seuls équilibres politiques internes : faciliter les contacts avec les autorités marocaines, identifier des opportunités commerciales et accompagner les entreprises dans leurs démarches.

La nomination de Buddich devra donc être jugée autant sur ses résultats économiques que sur les conditions politiques dans lesquelles elle intervient.

Ce que le MR obtient dans l’équation

L’autre dimension du dossier concerne le compromis politique conclu autour de cette nomination.

Le Mouvement réformateur, qui participe aux discussions sur l’avenir institutionnel et budgétaire de Bruxelles, cherchait notamment à obtenir des garanties concernant la gouvernance et la représentation de la Région dans ses structures économiques.

Le compromis permettrait de débloquer une situation devenue embarrassante pour plusieurs formations politiques. Mais il pose également une question plus large : jusqu’où les nominations dans les organismes publics peuvent-elles être utilisées comme instruments de stabilisation politique ?

La réponse sera d’autant plus scrutée que Bruxelles demeure confrontée à de fortes contraintes budgétaires et à la nécessité de rationaliser ses structures administratives.

Une mission à haut risque

Pour Moustapha Buddich, l’installation à Rabat ne sera donc pas une simple formalité administrative. Il devra simultanément démontrer son utilité économique, construire sa légitimité institutionnelle et éviter que sa nomination ne soit réduite à un arrangement politique bruxellois.

Le défi sera particulièrement important auprès des entreprises et partenaires économiques de la Région, qui attendent d’un représentant à l’étranger une connaissance approfondie des marchés, des réseaux économiques et des mécanismes institutionnels.

La question de la durée de son mandat est également sensible. Le dossier évoqué dans la presse fait état d’un engagement pouvant aller jusqu’à cinq ans, ce qui donnerait à cette nomination une portée dépassant largement le règlement ponctuel de la crise actuelle.

De Bruxelles à Rabat, une nomination qui dépasse le simple jeu des cabinets

Cette affaire illustre finalement une réalité propre à la politique bruxelloise : derrière une nomination administrative peuvent se cacher des équilibres politiques beaucoup plus complexes.

Pour Ahmed Laaouej, le départ de son chef de cabinet vers Rabat permet de contribuer à désamorcer une crise tout en maintenant un lien politique et économique avec un partenaire stratégique de Bruxelles.

Pour Hub.brussels, l’enjeu sera de transformer cette décision en véritable outil au service des entreprises bruxelloises.

Et pour Moustapha Buddich, le véritable test commencera une fois arrivé au Maroc : il lui faudra démontrer que cette nomination peut produire des résultats économiques concrets et ne pas rester prisonnière des circonstances politiques qui l’ont rendue possible.

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