Les Marocains du monde, grands absents de la diplomatie de proximité : qui informe la diaspora des dernières évolutions du dossier du Sahara marocain ?
Rime Medaghri
Alors que la question du Sahara marocain connaît de nouveaux développements sur la scène internationale, une interrogation demeure : quelle place les Marocains établis à l’étranger occupent-ils dans la stratégie de communication diplomatique du Royaume ?
Les récents développements autour de la question du Sahara marocain ont ravivé l’attention de l’opinion publique, tant au Maroc qu’à l’étranger. Le blocage du Conseil de sécurité des Nations unies, marqué par le veto russe opposé au projet de résolution américain et l’échec du texte alternatif présenté par Moscou, faute d’avoir obtenu les voix nécessaires, ouvre une nouvelle séquence diplomatique dont les implications méritent d’être expliquées avec précision.
L’expiration, le 31 octobre 2026, du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), sans accord sur son renouvellement, soulève également des interrogations sur l’avenir de la présence onusienne dans la région. Cette situation ne signifie toutefois pas la fin de l’engagement des Nations unies dans la recherche d’une solution politique. Elle pose plutôt la question des modalités et des perspectives de la poursuite du processus diplomatique.
Face à ces évolutions, plusieurs institutions et secteurs au Maroc ont multiplié les interventions médiatiques, les déclarations et les analyses destinées à expliquer les enjeux des décisions internationales et leurs éventuelles conséquences pour le dossier national. Une mobilisation informative qui contraste toutefois avec le peu d’initiatives spécifiquement destinées aux Marocains résidant à l’étranger.
Cette absence interroge d’autant plus que la diaspora marocaine ne se limite pas à suivre l’actualité de son pays d’origine. Depuis des années, une partie importante de ses membres participe activement à la défense de l’intégrité territoriale du Royaume, à travers des initiatives associatives, des actions médiatiques, des rencontres institutionnelles et des démarches de sensibilisation auprès des responsables politiques et des acteurs de la société civile dans les pays de résidence.
Les Marocains du monde constituent également un réseau de compétences particulièrement diversifié : journalistes, universitaires, avocats, chercheurs, responsables associatifs et spécialistes des relations internationales. Plusieurs d’entre eux ont acquis une expérience concrète du plaidoyer et de la communication autour de la position marocaine dans les espaces européens et internationaux.
Dans ce contexte, leurs interrogations sont légitimes. Quelle portée politique et juridique faut-il attribuer au veto russe ? Pourquoi le projet alternatif de Moscou n’a-t-il pas recueilli le soutien nécessaire ? Quelles conséquences peut entraîner l’absence de renouvellement du mandat de la MINURSO ? Et quelles orientations la diplomatie marocaine entend-elle privilégier dans cette nouvelle configuration ?
Autant de questions auxquelles les communiqués officiels et les déclarations ponctuelles ne peuvent répondre à eux seuls. Elles nécessitent un dispositif de communication institutionnelle régulier, permettant aux citoyens de disposer d’informations fiables, de comprendre les décisions effectivement prises et de distinguer les faits établis des scénarios encore à l’étude.
Ambassades et consulats : au-delà des cérémonies protocolaires
La responsabilité du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, ainsi que celle des ambassades et des consulats, se trouve directement interpellée.
Pourquoi les représentations diplomatiques ne prennent-elles pas davantage l’initiative d’organiser des rencontres ouvertes consacrées aux évolutions du dossier du Sahara marocain ? Des diplomates, des spécialistes du droit international et des experts des relations internationales pourraient y présenter les éléments essentiels du dossier et répondre directement aux préoccupations des ressortissants marocains.
L’objectif ne devrait pas être de multiplier les manifestations protocolaires, ni de reproduire des rencontres qui se limitent à des échanges de courtoisie, quelques rafraîchissements et des photographies officielles. La question nationale mérite davantage qu’une opération ponctuelle de relations publiques. Elle exige un véritable travail d’information, de pédagogie et de dialogue.
La sélection des participants constitue également un enjeu. Le dialogue institutionnel ne saurait se limiter à un cercle restreint d’associations ou d’interlocuteurs régulièrement sollicités, sans considération suffisante pour leur expérience dans les domaines diplomatique, médiatique ou juridique.
La communauté marocaine à l’étranger ne se résume pas aux associations cultuelles ou aux structures intervenant dans le domaine social et caritatif. Ces dernières jouent parfois un rôle utile dans la vie communautaire, mais elles ne représentent pas, à elles seules, la diversité des compétences et des engagements de la diaspora.
Des journalistes, des universitaires, des avocats, des responsables associatifs et des acteurs de la société civile disposent d’une expertise qui pourrait contribuer à mieux expliquer la position marocaine et à renforcer sa compréhension dans les sociétés d’accueil.
Ne pas associer ces compétences revient à priver la diplomatie marocaine de relais potentiels, tout en laissant se développer, faute d’informations accessibles, des interprétations approximatives ou des lectures contradictoires des décisions internationales.
Passer d’une mobilisation ponctuelle à une stratégie permanente
La défense de l’intégrité territoriale ne repose pas uniquement sur les déclarations de soutien ou les slogans. Elle suppose une connaissance approfondie des résolutions des Nations unies, des rapports de force internationaux et des arguments juridiques et politiques qui structurent le dossier.
Dans cette perspective, l’accès des Marocains du monde à une information officielle, claire et actualisée ne devrait pas être considéré comme une faveur administrative. Il relève de la responsabilité des institutions marocaines envers leurs ressortissants, particulièrement ceux qui contribuent, à différents niveaux, à faire connaître les positions du Royaume à l’étranger.
Plusieurs dispositifs pourraient être mis en place sans nécessiter de moyens particulièrement lourds : des conférences régulières en ligne, des plateformes numériques interactives, des documents explicatifs en français, néerlandais, espagnol et anglais, ainsi que des rencontres ouvertes entre responsables diplomatiques et représentants de différentes composantes de la diaspora.
Ces initiatives devraient permettre aux participants de poser librement leurs questions, d’obtenir des réponses documentées et de dialoguer avec des interlocuteurs compétents, sans que les échanges soient réservés à un groupe prédéfini d’invités.
Une telle démarche ne devrait pas dépendre de la visite occasionnelle d’un responsable marocain ou de la célébration d’une fête nationale. Elle devrait s’inscrire dans le fonctionnement régulier des ambassades et des consulats, afin qu’un ressortissant marocain établi à Bruxelles, Paris, Madrid ou Amsterdam puisse accéder à une information institutionnelle fiable dans des conditions comparables.
Les Marocains du monde : des partenaires, pas de simples relais de mobilisation
Si le Maroc considère sa diaspora comme un prolongement de sa présence à l’étranger, cette reconnaissance doit se traduire dans les pratiques institutionnelles. Il serait difficilement compréhensible de solliciter les Marocains du monde lorsqu’il s’agit de mobiliser les soutiens à la cause nationale, tout en les laissant à l’écart lorsqu’il est question de leur expliquer les évolutions diplomatiques et les orientations envisagées par leur propre pays.
La diaspora ne réclame ni invitations supplémentaires aux réceptions officielles ni présence symbolique sur les photographies institutionnelles. Elle attend une relation fondée sur l’écoute, la transparence et la reconnaissance de ses compétences.
La période actuelle devrait ainsi conduire le ministère des Affaires étrangères à réexaminer ses méthodes de communication avec les communautés marocaines établies à l’étranger. Le passage d’une diplomatie essentiellement protocolaire à une diplomatie de proximité, davantage tournée vers l’information et le dialogue, apparaît désormais nécessaire.
Les Marocains du monde ne peuvent être considérés uniquement comme des relais de communication lorsque les circonstances l’exigent. Ils doivent pouvoir comprendre les enjeux, accéder aux sources officielles et disposer des éléments nécessaires pour expliquer les positions de leur pays dans leurs sociétés de résidence.
Le ministère des Affaires étrangères entend-il enfin mettre en place une véritable stratégie de communication destinée aux Marocains du monde, afin de les associer à la compréhension et à la défense du dossier du Sahara marocain, ou la diaspora continuera-t-elle d’être présente dans les discours de mobilisation tout en restant absente des espaces de dialogue ?